À 28 ans, Momar Ndoye prend les rênes du Jaaraf de Ouakam
Une semaine après la disparition de Papa Youssou Ndoye, la communauté léboue de Ouakam s'est dotée d'un nouveau chef : son fils Momar Ndoye, 28 ans, a été désigné Jaaraf à l'unanimité.

La succession s'est ouverte et refermée dans un délai remarquablement court. Le Collège des sages de la Collectivité léboue et la famille du défunt ont conjugué leurs voix pour porter Momar Ndoye à la tête de cette institution traditionnelle majeure. Sa jeunesse ne semble pas avoir constitué un obstacle : c'est au contraire un consensus franc qui a entouré sa désignation, signe que sa légitimité, adossée à sa filiation directe avec feu Papa Youssou Ndoye, a fait l'unanimité au sein des instances compétentes.
Le Jaaraf occupe une place centrale dans l'organisation sociale et coutumière des Lébous, peuple autochtone du Cap-Vert dont les descendants habitent aujourd'hui les quartiers historiques de Dakar, parmi lesquels Ouakam, Yoff, Ngor et Hann. Cette chefferie traditionnelle assure la continuité des pratiques culturelles, la gestion des affaires communautaires et le lien entre les générations. Elle constitue l'un des piliers de l'identité léboue, dont la résistance à l'effacement culturel, malgré l'urbanisation galopante de Dakar, reste un enjeu de fond.
La désignation d'un homme de 28 ans à ce poste de responsabilité soulève une question qui dépasse Ouakam : celle du renouvellement des chefferies traditionnelles en Afrique de l'Ouest. Entre la nécessité de préserver une mémoire vivante et celle d'ancrer les institutions coutumières dans le présent, les communautés doivent naviguer avec soin. Momar Ndoye incarne ce défi : héritier d'une charge lourde de sens, il devra faire la preuve que jeunesse et autorité coutumière peuvent coexister sans friction.
Au Sénégal, les chefferies traditionnelles n'ont pas de reconnaissance juridique formelle depuis leur suppression officielle par l'État en 1964. Elles n'en continuent pas moins d'exercer une influence réelle sur les populations, notamment dans les communautés où l'appartenance lignagère demeure structurante. Chez les Lébous, dont la Collectivité dispose d'une organisation interne distincte et ancienne, cette autorité morale se maintient avec une vitalité particulière.
La prise de fonction du nouveau Jaaraf de Ouakam sera scrutée de près, tant par la communauté léboue que par les observateurs attachés aux questions de gouvernance traditionnelle au Sénégal.
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