Abdou Fall tire la sonnette d'alarme sur la stabilité des institutions sénégalaises
L'ancien ministre d'État Abdou Fall prévient : le Sénégal court le risque d'une crise institutionnelle si des consultations nationales ne sont pas rapidement engagées. Un appel au dialogue qui résonne dans un contexte politique tendu.

Dans un entretien accordé à L'Observateur, Abdou Fall ne mâche pas ses mots. L'ancien ministre d'État estime que le pays se trouve à un carrefour délicat, où l'absence de concertation entre les différentes forces politiques et sociales pourrait déboucher sur une rupture institutionnelle grave. Pour lui, seul un consensus national, construit à travers des consultations larges et inclusives, permettrait d'écarter ce scénario.
Ce type d'alerte n'est pas inédit au Sénégal. Le pays a traversé plusieurs périodes de turbulences politiques, notamment lors des crises électorales de 2012 et plus récemment en 2021 et 2023, marquées par des manifestations violentes et des tensions entre l'exécutif et l'opposition. À chaque fois, c'est le dialogue, parfois laborieux, qui a permis d'éviter le pire. L'histoire politique sénégalaise montre que les crises les plus dangereuses ont été celles où les canaux de communication entre acteurs institutionnels et société civile se sont fermés.
La prise de parole d'Abdou Fall intervient dans un contexte où la scène politique sénégalaise se reconfigure profondément. Depuis l'alternance de mars 2024 et l'arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye, accompagné du Premier ministre Ousmane Sonko, les rapports de force entre institutions, partis et organisations de la société civile sont en pleine redéfinition. Dans ce paysage mouvant, les voix d'anciens responsables de l'État, rompus aux équilibres institutionnels, pèsent d'un poids particulier.
Au-delà du Sénégal, l'enjeu est également régional. Plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest ont vu leurs institutions fragilisées ces dernières années, faute d'avoir su ménager des espaces de dialogue inclusif. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger en ont payé le prix fort. Le Sénégal, longtemps cité en exemple pour la solidité de ses institutions républicaines, a tout intérêt à préserver cette réputation, à la fois pour sa cohésion interne et pour son rôle de stabilisateur dans la sous-région.
L'appel d'Abdou Fall rejoint en cela les préoccupations de nombreux observateurs qui plaident pour un renforcement du dialogue entre majorité, opposition et société civile. Construire un consensus ne signifie pas effacer les désaccords, mais créer les conditions pour que ceux-ci s'expriment et se résolvent dans un cadre institutionnel solide, sans recours à la rue ou à la confrontation.
La balle est désormais dans le camp des acteurs politiques : la qualité des consultations à venir dira si le Sénégal saura, une fois de plus, transformer la tension en opportunité de renforcement démocratique.
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