ASER-AEE Power : Thierno Alassane Sall brandit des relevés bancaires compromettants
Des documents financiers présentés lors d'une conférence de presse à Dakar relancent les accusations de mauvaise gestion dans le projet d'électrification rurale confié à l'entreprise AEE Power.

Thierno Alassane Sall, ancien ministre de l'Énergie et figure de l'opposition sénégalaise, a tenu une conférence de presse à Dakar pour rendre publics des documents bancaires liés au contrat entre l'Agence sénégalaise d'électrification rurale (ASER) et la société AEE Power. Selon lui, ces pièces révèlent des mouvements de fonds susceptibles de compromettre la régularité et la transparence du financement de ce projet.
L'ASER, créée en 2000, a pour mission d'étendre l'accès à l'électricité dans les zones rurales du Sénégal, où le taux d'électrification reste nettement inférieur à celui des centres urbains. Le partenariat avec AEE Power s'inscrivait dans cet objectif stratégique, porté également par les engagements du pays en matière d'accès universel à l'énergie. C'est précisément parce que ce secteur mobilise des ressources publiques importantes et des financements extérieurs que toute irrégularité présumée y prend une dimension politique et sociale particulière.
Thierno Alassane Sall n'en est pas à sa première sortie sur ce dossier. Connu pour ses prises de position tranchées sur la gestion des ressources naturelles et énergétiques au Sénégal, il a régulièrement interpellé les autorités sur ce qu'il qualifie de défaillances dans la gouvernance du secteur. Sa démarche de présentation de documents bancaires vise à appuyer ses accusations sur des preuves tangibles, au-delà des seules déclarations politiques.
Les interrogations soulevées autour de ce dossier s'inscrivent dans un contexte plus large de vigilance citoyenne sur la gestion des fonds publics en Afrique de l'Ouest. Plusieurs pays de la région ont connu des scandales liés à des contrats énergétiques opaques, où des fonds destinés à des populations rurales ont été détournés de leur objet initial. Au Sénégal, des institutions comme l'Ofnac ou la Cour des comptes ont, par le passé, pointé des irrégularités dans des marchés publics de ce type.
La publication de ces documents relance la pression sur les autorités compétentes pour qu'elles ouvrent ou accélèrent une enquête formelle sur les flux financiers liés à ce contrat. La crédibilité des institutions chargées de l'électrification rurale, et plus largement celle de l'État dans la gestion des fonds publics, est en jeu dans un pays où des millions de citoyens attendent encore d'être raccordés au réseau électrique.
La balle est désormais dans le camp des autorités judiciaires et administratives, dont la réaction, ou l'absence de réaction, dira beaucoup sur la volonté réelle de transparence qui anime la gestion publique au Sénégal en ce moment charnière.
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