Audit minier bloqué : l'ex-patron de la Somisen met en cause Diomaye Faye
Écarté de la direction générale de la Société des mines du Sénégal, Ngagne Demba Touré sort du silence et pointe la responsabilité du chef de l'État dans le blocage d'un audit du portefeuille minier national.

Après deux ans à la tête de la Somisen, Ngagne Demba Touré dresse un bilan qui dérange. L'ancien directeur général, limogé de ses fonctions, affirme qu'un audit du portefeuille minier sénégalais avait été initié sous sa direction. Cet exercice d'évaluation, destiné à dresser un état des lieux précis des actifs miniers du pays, n'aurait pas pu aboutir. Il impute directement cette situation au président de la République, Bassirou Diomaye Faye.
La Somisen est la structure publique chargée de défendre les intérêts de l'État sénégalais dans le secteur extractif. Créée dans un contexte de montée des exigences de souveraineté sur les ressources naturelles, elle incarne la volonté de Dakar de peser davantage dans les négociations avec les opérateurs miniers privés. Un audit du portefeuille qu'elle gère représente donc un enjeu stratégique majeur : il s'agit de savoir précisément ce que détient l'État, à quelles conditions et pour quels bénéfices réels.
La question de la transparence dans le secteur minier n'est pas nouvelle au Sénégal. Depuis la découverte de gisements d'or, de phosphates et, plus récemment, d'hydrocarbures, la gestion des ressources naturelles cristallise les tensions entre exigences citoyennes, intérêts des investisseurs et ambitions politiques. Plusieurs rapports d'institutions nationales et internationales ont, par le passé, souligné le manque de lisibilité dans la gestion des contrats miniers sénégalais.
Les déclarations de Touré interviennent dans un contexte politique sensible. Le président Faye, élu en mars 2024 sur un programme centré notamment sur la souveraineté économique et la révision des contrats jugés défavorables au Sénégal, se retrouve mis en cause par un cadre qu'il a lui-même écarté. Cette situation illustre les tensions internes qui accompagnent souvent les transitions à la tête des entreprises publiques stratégiques, où les reconfigurations de gouvernance peuvent ralentir les chantiers en cours.
À l'échelle du continent, le blocage d'audits miniers n'est pas un phénomène isolé. De nombreux États africains ont tenté de reprendre la main sur leurs ressources naturelles, pour se heurter à des résistances diverses, qu'elles soient juridiques, diplomatiques ou simplement bureaucratiques. Le cas sénégalais rappelle que la volonté politique affichée et sa traduction concrète dans les faits peuvent diverger, parfois significativement.
La balle est désormais dans le camp de la présidence : les prochaines semaines diront si cet audit minier, suspendu selon Ngagne Demba Touré, sera relancé ou définitivement enterré.
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