Babacar GAYE : Je ne savais pas que ma parole était si guettée dans les foyers,..
Car un pays commence toujours à basculer lorsque les consciences libres se taisent et que les citoyens finissent par considérer l’anormal comme la règle.

Chers compatriotes
Ces dernières heures, beaucoup de compatriotes m’ont écrit pour me demander de reconsidérer ma décision de prendre du recul face au débat public.
Je ne savais pas que ma parole était si guettée dans les foyers, les grands places, les amphithéâtres, les ateliers, lorsque le pays souffre. Que mes analyses avaient autant de pertinences ! Que mes orientations pouvaient servir de boussole et créer l'espoir.
Je remercie très sincèrement mes compatriotes pour leurs mots, leur estime et leur confiance.
Mais il faut préciser une chose essentielle : mon dégoût n’est pas seulement lié à la brutalisation du débat public ou à la violence des réseaux sociaux.
Il est plus profond.
Il naît surtout du spectacle inquiétant d’une République dont les institutions sont progressivement fragilisées par ceux-là mêmes qui avaient la responsabilité historique de la protéger.
Ce qui me heurte aujourd’hui, c’est le sentiment qu’un véritable coup de force politique et institutionnel est en train de s’installer dans notre pays, avec la banalisation de pratiques contraires à l’esprit républicain et au droit.
Ce qui me trouble, c’est de voir le pouvoir instrumentaliser les institutions, transformer sa majorité parlementaire en machine de validation automatique d'une forfaiture et faire de l’Assemblée nationale un simple prolongement de rapports de force politiques au sein d'une même majorité électorale.
Ce qui me déçoit, c’est aussi la passivité d’une opposition qui, en ces moments cruciaux, ne se met pas à la hauteur des enjeux historiques actuels.
Et ce qui me blesse profondément, c’est parfois l’étrange résignation d’une partie du peuple sénégalais face à des dérives qui auraient autrefois soulevé de grandes consciences nationales, pétitions et manifestations pacifiques.
Le Sénégal nous avait habitués à une autre idée de la démocratie.
Une démocratie de vigilance.
Une démocratie de dignité.
Une démocratie où certaines lignes ne pouvaient être franchies sans provoquer un sursaut collectif de refus.
Aujourd’hui, beaucoup semblent accepter l’inacceptable par lassitude, par peur, par calcul ou par alignement partisan.
C’est cela qui crée le malaise.
C’est cela qui provoque le découragement.
Mais précisément parce que la situation devient préoccupante, le silence total serait peut-être une forme de renoncement et de trahison de l'espérance dont je suis porteur.
Je continuerai donc, lorsque je l'estime nécessaire, à prendre la parole avec liberté, lucidité et fidélité à une certaine idée de la République, de la Démocratie et de l'Etat de droit .
Non pour entretenir les passions, mais pour refuser la banalisation des dérives qui pourraient plonger le pays dans l'inconnu.
Car un pays commence toujours à basculer lorsque les consciences libres se taisent et que les citoyens finissent par considérer l’anormal comme la règle.
Alors, si réellement vous êtes déterminés à relever le défi, je réponds présent à votre appel pour qu'ensemble, nous formions un véritable Front Républicain.
Babacar Gaye
Leader de Mankoo MUCC
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