Bandung, soixante-dix ans après : l'Afrique face aux défis d'un multilatéralisme à rebâtir
La Conférence de Bandung de 1955 reste une référence fondatrice pour les pays du Sud. Aujourd'hui, son héritage interroge la capacité du monde à construire un ordre international véritablement partagé.

Il y a soixante-dix ans, des dizaines de nations d'Asie et d'Afrique se réunissaient en Indonésie pour affirmer, face aux blocs de la Guerre froide, qu'un autre rapport au monde était possible. Bandung n'était pas seulement une conférence diplomatique ; c'était une déclaration d'existence collective. Ces peuples, pour la plupart fraîchement émergés de la colonisation ou encore en lutte pour leur indépendance, revendiquaient le droit de peser sur les affaires du monde, non comme objets de décisions prises ailleurs, mais comme acteurs à part entière.
Ce moment historique reste au cœur d'une réflexion portée par Michelle Ndiaye, publiée dans la presse sénégalaise, sur les fondements du multilatéralisme. Son propos rappelle que l'universalité ne saurait être authentique si elle est définie par quelques-uns et imposée aux autres. L'idée est simple, mais elle reste révolutionnaire : les grandes règles qui gouvernent les relations entre nations ne peuvent légitimement s'appliquer à tous que si tous ont participé à les formuler.
Pour le Sénégal et l'Afrique, cette question n'est pas abstraite. Elle touche aux réalités concrètes des négociations commerciales, des institutions financières internationales, du droit de vote au Conseil de sécurité des Nations unies ou encore des règles qui encadrent les flux migratoires. Le continent africain, fort de plus d'un milliard d'habitants et de cinquante-quatre États membres de l'ONU, pèse encore trop peu dans les enceintes où se prennent les décisions qui affectent directement ses populations.
L'approche humaniste défendue dans cette réflexion pose l'humanité comme point de départ et d'arrivée de toute architecture internationale. Ce n'est pas une posture idéologique ; c'est une exigence de cohérence. Un multilatéralisme qui se réclame de valeurs universelles tout en excluant des voix entières de sa construction est un multilatéralisme fragilisé de l'intérieur. Les crises récentes, qu'elles soient sanitaires, climatiques ou sécuritaires, ont mis en évidence les limites d'un système de gouvernance mondiale pensé en dehors des réalités du Sud global.
Le Sénégal, qui a souvent joué un rôle de médiateur et de voix modérée sur la scène internationale, a tout à gagner à porter ce débat au sein des forums régionaux et mondiaux. La présidence sénégalaise de l'Union africaine ou encore la participation active du pays aux grandes négociations onusiennes sont autant d'occasions de mettre en pratique cette vision d'un multilatéralisme rénové, fondé sur l'équité et la co-construction.
L'héritage de Bandung n'est pas un souvenir à célébrer ; c'est un chantier toujours ouvert, et les générations actuelles ont la responsabilité de le faire avancer.
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