Budget 2027 : l'Assemblée nationale rognée, Présidence et Primature mieux dotées
Le projet de loi de finances pour 2027 dessine une répartition budgétaire qui redistribue les cartes entre les grandes institutions de l'État sénégalais, au détriment du Parlement.

Selon les arbitrages présentés dans le projet de budget 2027, l'Assemblée nationale verrait sa dotation passer de 22,3 à 21,1 milliards de francs CFA, soit une réduction de 1,2 milliard. Dans le même temps, les crédits alloués à la Présidence de la République et à la Primature progresseraient, accentuant un déséquilibre entre les pouvoirs exécutif et législatif dans la structure des dépenses publiques.
Cette configuration n'est pas sans rappeler un débat récurrent au Sénégal sur le poids budgétaire accordé aux différentes branches de l'État. Le Parlement, dont le rôle constitutionnel est précisément de voter et de contrôler l'exécution du budget, se retrouverait dans la situation paradoxale de voter des crédits qui réduisent sa propre capacité de fonctionnement. À l'Assemblée nationale, les dépenses couvrent notamment les indemnités des députés, le personnel administratif, les frais de session et les moyens logistiques des commissions.
Du côté de l'exécutif, la hausse des dotations de la Présidence et de la Primature intervient dans un contexte politique particulier. Depuis l'alternance de mars 2024 qui a porté Bassirou Diomaye Faye à la tête de l'État avec Ousmane Sonko au poste de Premier ministre, le gouvernement a engagé plusieurs chantiers de réforme structurelle, ce qui peut expliquer en partie des besoins de fonctionnement accrus pour ces deux institutions.
Sur le plan des principes budgétaires, cette répartition soulève des questions légitimes. Dans de nombreux pays africains, le renforcement des moyens du législatif est présenté comme un levier de bonne gouvernance ; un Parlement insuffisamment doté peine à exercer sa mission de contrôle de l'action gouvernementale. Au Sénégal, l'Assemblée nationale avait déjà fait l'objet de critiques portant sur ses capacités d'expertise propres face à un exécutif disposant de ressources humaines et financières nettement supérieures.
L'examen de ce projet de budget par les députés eux-mêmes constituera donc un moment révélateur : voter une réduction de leurs propres ressources ou amender le texte pour rétablir les crédits supprimés engagera directement la crédibilité de l'institution parlementaire face à l'opinion sénégalaise.
Les débats budgétaires à venir à l'hémicycle de la Place Soweto diront si les élus entendent peser sur les arbitrages de l'exécutif ou s'accommoder d'un rapport de forces qui leur est défavorable.
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