Budget rectificatif : un député accuse le gouvernement de trahir la confiance des Sénégalais
Le projet de loi de finances rectificative, examiné mardi à l'Assemblée nationale, a viré à la confrontation. Le député Alfonse Mané Samb a mis en cause la fiabilité des données chiffrées présentées par le gouvernement.

Les débats budgétaires ont rarement été aussi tendus sous la coupole de l'Assemblée nationale. Lors de l'examen du projet de loi de finances rectificative, mardi, le président de la Commission des lois et des finances, Alfonse Mané Samb, a pris la parole pour contester frontalement les chiffres avancés par l'exécutif. Pour lui, les données budgétaires soumises aux députés ne reflètent pas la réalité des finances publiques, ce qu'il a qualifié de trahison vis-à-vis des Sénégalais.
Cette sortie s'inscrit dans un contexte de vigilance accrue autour de la gestion des deniers publics. Depuis l'alternance politique de mars 2024, le nouveau pouvoir a largement communiqué sur l'héritage budgétaire qu'il dit avoir trouvé, évoquant des écarts significatifs entre les chiffres officiels de l'ancien régime et la situation réelle des finances de l'État. Des audits ont été commandés, et le débat sur la sincérité des comptes publics n'a cessé d'alimenter la vie politique sénégalaise.
Le rôle de la Commission des lois et des finances est précisément d'examiner la cohérence et la solidité des projets de textes financiers soumis au Parlement. Qu'un président de commission remette en question les chiffres du gouvernement dont il est censé soutenir l'action législative illustre la profondeur des tensions qui traversent actuellement les institutions. La sincérité budgétaire n'est pas seulement une exigence technique ; elle conditionne la crédibilité de l'État auprès des bailleurs de fonds internationaux et des partenaires au développement.
À l'échelle africaine, la question de la transparence budgétaire est un enjeu structurel. De nombreux pays du continent peinent à aligner leurs données officielles sur leur réalité fiscale, ce qui fragilise leur accès aux financements extérieurs et érode la confiance des citoyens. Le Sénégal, longtemps présenté comme un modèle de stabilité institutionnelle en Afrique de l'Ouest, ne saurait se permettre que ce débat sur les chiffres s'enlise sans réponse claire de l'exécutif.
Les choix opérés en matière d'investissements ont également été pointés par le député comme un sujet de préoccupation. La loi de finances rectificative, par définition, ajuste en cours d'année les prévisions initiales ; elle révèle donc les priorités réelles d'un gouvernement, au-delà des annonces du budget initial. C'est précisément ce décalage entre les intentions affichées et les arbitrages concrets que le député Samb semble avoir mis en lumière devant ses collègues.
L'exécutif devra désormais apporter des clarifications précises pour dissiper les doutes soulevés au sein même du Parlement, sous peine de voir la polémique peser sur la suite du débat budgétaire.
Commentaires
Soyez le premier à commenter cet article.


