Diomaye à la tête de la CEDEAO : un tournant pour la diplomatie sénégalaise
Les prochains sommets de l'organisation diront si Bassirou Diomaye Faye parvient à transformer cette nouvelle responsabilité en levier concret, aussi bien pour la cohésion régionale que pour les ambitions diplomatiques du Sénégal.

L'élection de Bassirou Diomaye Faye à la présidence de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ouvre une nouvelle séquence dans le positionnement régional du Sénégal. Un changement de stature qui, selon des spécialistes des relations internationales, était prévisible.
Pour les observateurs avertis, l'accession du chef de l'État sénégalais à la tête de l'institution régionale s'inscrit dans une logique diplomatique cohérente. Le Sénégal, pays fondateur de la CEDEAO créée en 1975 à Lagos, a toujours occupé une place centrale dans l'architecture institutionnelle ouest-africaine. Dakar a régulièrement joué un rôle de médiateur dans les crises de la sous-région, du Liberia dans les années 1990 à la Guinée-Bissau plus récemment. Confier la présidence tournante de l'organisation à Bassirou Diomaye Faye s'inscrit donc dans la continuité de cet engagement historique.
L'élection intervient dans un contexte particulièrement tendu pour la CEDEAO. L'organisation traverse l'une de ses crises les plus sérieuses depuis sa fondation, après le retrait annoncé du Mali, du Burkina Faso et du Niger, trois États membres qui ont formé l'Alliance des États du Sahel. La capacité de la CEDEAO à maintenir son unité et sa crédibilité dépend largement de la qualité de ses dirigeants et de leur aptitude à renouer le dialogue avec ces capitales qui lui ont tourné le dos.
Dans ce contexte, la présidence sénégalaise pourrait représenter un atout. Bassirou Diomaye Faye a affiché depuis son arrivée au pouvoir en mars 2024 une posture souverainiste et panafricaine, proche sur le fond de certaines revendications portées par les régimes militaires du Sahel. Cette proximité idéologique pourrait lui conférer une légitimité particulière pour renouer les fils du dialogue avec Bamako, Ouagadougou et Niamey, sans apparaître comme le porte-voix de puissances extérieures.
Pour le Sénégal lui-même, les retombées de cette présidence peuvent être significatives. Au-delà du prestige symbolique, tenir les rênes de la CEDEAO offre à Dakar une tribune pour défendre ses priorités économiques et sécuritaires à l'échelle régionale. Le pays partage des frontières avec plusieurs États en proie à l'instabilité, notamment en Casamance et dans la zone frontalière avec le Mali et la Guinée. Peser sur l'agenda sécuritaire de l'organisation est donc un intérêt direct, et pas seulement une posture de politique étrangère.
La présidence de la CEDEAO est une fonction tournante et limitée dans le temps ; elle ne confère pas de pouvoirs exécutifs permanents sur l'institution, dont le fonctionnement repose sur une Commission indépendante. Mais la visibilité qu'elle offre, et les négociations qu'elle permet d'initier ou d'accélérer, peuvent laisser une empreinte durable bien après la fin du mandat.
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