Dakar 28°C · ciel clairE-ISSN 3125-1935
Mis à jour il y a 4 min📄 Édition papier · S'abonner

A Mbour Diomaye peine à fédérer tous les maires

Le président Bassirou Diomaye Faye tente de bâtir son propre parti politique, mais sa démarche se heurte à un accueil froid de plusieurs figures influentes de la région de Mbour.

Diomaye peine à fédérer : Mbour lui résiste
Diomaye peine à fédérer : Mbour lui résiste — Photo : A l'heure / À l'Heure
Politique

Depuis son arrivée au pouvoir en mars 2024, Bassirou Diomaye Faye n'a cessé de consolider son assise politique. Après avoir gouverné sous la bannière du Pastef d'Ousmane Sonko, le chef de l'État entreprend aujourd'hui de structurer sa propre formation politique. C'est dans ce cadre qu'il a tendu la main aux élus locaux de Mbour, zone stratégique du littoral sénégalais, pour les rallier à son projet.

Mais la réponse n'est pas celle escomptée. Le député-maire Maguette Sène et l'ancienne ministre Sophie Gladima figurent parmi les personnalités qui ont choisi de ne pas rejoindre l'initiative présidentielle, du moins pour l'instant. Ces deux profils incarnent des sensibilités politiques différentes, mais partagent la même prudence face à un engagement qu'ils ne jugent pas encore mûr. Leur réserve n'est pas une opposition frontale, mais elle pèse sur la dynamique de rassemblement voulue par le président.

Ce type de résistance n'est pas sans précédent dans le paysage politique sénégalais. Au Sénégal, les élus locaux disposent d'une marge de manœuvre réelle et d'ancrages communautaires solides qui les rendent moins dépendants des injonctions du sommet de l'État. Abdoulaye Wade en avait fait l'expérience, tout comme Macky Sall qui, malgré des victoires électorales nettes, a toujours dû composer avec des bastions locaux récalcitrants. La région de Mbour, à mi-chemin entre Dakar et la Casamance, est un territoire de négociation politique constante.

L'enjeu dépasse la simple arithmétique partisane. Pour Diomaye Faye, réussir à fédérer au-delà du cercle du Pastef serait un signal fort : celui d'un président capable de s'émanciper de la tutelle de son mentor Sonko et de construire une légitimité propre. Un parti présidentiel solide lui permettrait d'aborder les prochaines échéances électorales avec une base autonome, sans dépendre uniquement de l'appareil du Pastef. L'échec à convaincre ces personnalités de Mbour fragilise ce récit.

À l'échelle africaine, la création de partis présidentiels est une pratique courante, souvent motivée par la volonté de contrôler la majorité parlementaire et d'asseoir durablement un projet de gouvernance. Du Rwanda au Sénégal en passant par la Côte d'Ivoire, les chefs d'État qui ont réussi cette transition ont généralement pu s'appuyer sur un réseau d'élus locaux acquis à leur cause. L'absence de ce relais territorial constitue un vrai obstacle structurel.

La construction du parti de Bassirou Diomaye Faye n'en est qu'à ses débuts, et les résistances actuelles pourraient n'être qu'une phase d'attentisme ; mais le temps politique, lui, ne s'arrête jamais.

Partager
WhatsApp
X
Facebook
Copier

Commentaires

Soyez le premier à commenter cet article.

A Mbour Diomaye peine à fédérer tous les maires | À l'Heure