Dakar 28°C · ciel clairE-ISSN 3125-1935
Mis à jour il y a 4 min📄 Édition papier · S'abonner

Diomaye contre Pastef : la rupture qui rebat les cartes de la politique sénégalaise

Le président Bassirou Diomaye Faye engage une bataille politique ouverte contre le parti qui l'a porté au pouvoir, en structurant une nouvelle formation destinée à concurrencer directement le Pastef d'Ousmane Sonko.

Faye contre Pastef : la rupture qui rebat les cartes de la politique sénégalaise
Faye contre Pastef : la rupture qui rebat les cartes de la politique sénégalaise — Photo : A l'heure / À l'Heure
Politique

Quelques mois à peine après une élection présidentielle historique remportée sous la bannière du Pastef, la relation entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko a basculé dans une confrontation frontale. Le chef de l'État s'emploie désormais à construire sa propre base politique, en mobilisant des militants, notamment parmi les jeunes, autour d'un projet partisan distinct. Le lancement de ce nouveau parti est prévu pour le 25 juillet, une date qui pourrait marquer un tournant dans l'histoire politique récente du Sénégal.

La stratégie déployée par la présidence vise plusieurs objectifs simultanés. Il s'agit d'abord d'affaiblir l'Alliance pour la République, le parti de l'ancien président Macky Sall, déjà fragilisé depuis la défaite de mars 2024. Mais la cible principale semble être le Pastef lui-même, dont Sonko demeure la figure dominante. En cherchant à attirer des militants et des cadres du mouvement patriotique vers sa propre structure, Diomaye Faye tente de rééquilibrer un rapport de force qui, jusqu'ici, penchait clairement en faveur de son ancien allié et mentor.

Cette rupture n'est pas sans précédent en Afrique de l'Ouest. L'histoire politique du continent est jalonnée de cas où le protégé a fini par se retourner contre son parrain une fois parvenu aux plus hautes fonctions. Au Sénégal même, Abdou Diouf avait progressivement pris ses distances avec Léopold Sédar Senghor après lui avoir succédé, puis Macky Sall avait rompu avec Abdoulaye Wade. La trajectoire de Diomaye Faye s'inscrit dans cette logique de personnalisation du pouvoir, inhérente aux systèmes présidentiels forts.

Pour les Sénégalais, cette recomposition du paysage politique soulève des interrogations légitimes. L'énergie mobilisatrice qui avait galvanisé des millions d'électeurs autour du projet du Pastef risque de se disperser dans des luttes d'influence internes, au détriment des réformes promises. La jeunesse, qui avait porté ce mouvement avec un enthousiasme rare, se retrouve aujourd'hui au coeur d'un recrutement politique dont les finalités semblent plus liées à la survie des individus qu'à l'intérêt général.

L'enjeu dépasse le simple cadre partisan. Un pays où le président et son Premier ministre se font face dans des camps opposés court le risque d'une paralysie institutionnelle. La cohabitation au sommet de l'exécutif, même formellement évitée jusqu'ici, devient de fait une réalité politique qui complique la gouvernance quotidienne et brouille la lecture des décisions publiques.

La prochaine échéance du 25 juillet dira si cette initiative présidentielle est capable de fédérer suffisamment de soutiens pour peser face à la machine organisationnelle que représente toujours le Pastef ; et si Ousmane Sonko, dont la popularité reste intacte dans une large partie de la population, choisira la confrontation ouverte ou une forme de négociation pour préserver l'unité de la coalition au pouvoir.

Partager
WhatsApp
X
Facebook
Copier

Commentaires

Soyez le premier à commenter cet article.

Diomaye contre Pastef : la rupture qui rebat les cartes de la politique sénégalaise | À l'Heure