Finances publiques : la DIC passe au crible 36 entreprises après le rapport de la Cour des comptes
L'issue des investigations de la DIC déterminera si des poursuites pénales seront engagées et, le cas échéant, qui devra répondre de la gestion controversée des finances publiques sénégalaises devant les tribunaux.

Le Pool judiciaire financier a confié à la Division des investigations criminelles le soin d'éplucher les comptes de 36 sociétés soupçonnées d'avoir bénéficié de conditions irrégulières dans la gestion des deniers publics entre 2019 et mars 2024. Parmi les structures ciblées figurent des entreprises associées à Cheikh Seck ainsi qu'à un ancien consul du Sénégal.
Le traitement judiciaire du rapport 2025 de la Cour des comptes entre dans une phase concrète. Après la publication de ce document fleuve qui a épinglé de nombreuses irrégularités dans la gestion des finances publiques sous la dernière décennie, les autorités judiciaires passent à l'acte. Le Pool judiciaire financier, juridiction spécialisée créée pour traquer les infractions économiques et financières, a mandaté la DIC afin d'identifier avec précision les bénéficiaires des flux financiers jugés suspects.
La DIC, unité d'élite de la police judiciaire sénégalaise, est ainsi chargée de remonter les chaînes de bénéficiaires derrière ces 36 entités commerciales. L'enjeu est de déterminer qui a réellement tiré profit des contrats, marchés ou transferts incriminés. Cette démarche d'identification est une étape préalable indispensable avant toute mise en cause pénale, car elle permet d'établir la responsabilité personnelle des individus au-delà des structures juridiques.
La Cour des comptes sénégalaise, institution constitutionnelle chargée du contrôle des finances publiques, avait livré en 2025 un bilan sévère de la période 2019-2024, couvrant donc une large portion du dernier mandat de Macky Sall. Le rapport avait mis en lumière des écarts significatifs entre les engagements budgétaires affichés et la réalité des dépenses, alimentant un débat politique intense au sein d'un pays engagé dans une transition avec l'arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko.
Cette procédure s'inscrit dans une dynamique continentale plus large. Plusieurs pays africains, du Kenya à la Côte d'Ivoire en passant par le Maroc, ont renforcé leurs dispositifs de juridictions financières spécialisées pour répondre à une demande croissante de transparence de la part des citoyens et des partenaires au développement. Au Sénégal, la création du Pool judiciaire financier illustre cette volonté affichée de doter l'appareil judiciaire de moyens adaptés aux montages financiers complexes.
La présence d'un ancien consul parmi les personnalités dont les connexions sont examinées élargit la portée potentielle de l'enquête au-delà des seuls cercles administratifs nationaux, soulevant des questions sur d'éventuelles ramifications diplomatiques ou internationales.
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