Genève : Baïdy Agne appelle à faire de l'OIT le pilier de la gouvernance mondiale du travail
La 114e Conférence internationale du Travail, réunie à Genève, a été le théâtre d'un plaidoyer fort en faveur d'une Organisation internationale du Travail dotée de pouvoirs élargis face aux bouleversements actuels du monde du travail.

Prenant la parole devant les délégués réunis en Suisse, Baïdy Agne, président de Business Africa et figure centrale du Conseil national du Patronat (CNP) sénégalais, a défendu l'idée d'un renforcement substantiel du rôle de l'OIT dans la régulation des relations entre entreprises et travailleurs à l'échelle internationale. Sa prise de position intervient dans un contexte de transformations profondes : numérisation de l'économie, essor du travail informel, montée des plateformes numériques et recomposition des chaînes de valeur mondiales remettent en cause les cadres normatifs traditionnels.
Fondée en 1919 dans le sillage de la Première Guerre mondiale, l'OIT est la plus ancienne institution spécialisée du système des Nations unies. Sa mission historique consiste à établir des normes internationales du travail, à promouvoir l'emploi décent et à garantir la protection sociale des travailleurs. Malgré ce mandat ambitieux, l'organisation est régulièrement critiquée pour son incapacité à imposer des sanctions effectives aux États et aux acteurs économiques qui ne respectent pas ses conventions. C'est précisément ce déficit d'autorité que Baïdy Agne entend corriger.
Pour l'Afrique, l'enjeu est considérable. Le continent abrite une part importante de la main-d'oeuvre mondiale, mais une grande majorité de ses travailleurs évolue dans le secteur informel, sans protection sociale ni couverture contre les risques professionnels. Au Sénégal, comme dans de nombreux pays de la région, les mutations liées à la digitalisation et à l'émergence de nouvelles formes d'emploi posent des questions auxquelles les législations nationales peinent à répondre. Une OIT renforcée pourrait offrir un cadre de référence plus contraignant et plus adapté à ces réalités.
La voix du patronat africain dans ce débat n'est pas anodine. En portant ce plaidoyer depuis Geneva, Baïdy Agne inscrit les employeurs du continent dans une démarche proactive, rompant avec une posture souvent défensive face aux normes internationales. Il s'agit de revendiquer une gouvernance mondiale du travail plus équitable, qui tienne compte des spécificités des économies en développement sans pour autant sacrifier les droits fondamentaux des travailleurs.
La Conférence internationale du Travail, qui rassemble gouvernements, employeurs et syndicats des États membres, constitue l'enceinte idéale pour porter ce type de réforme ; ses conclusions influeront sur les orientations stratégiques de l'OIT pour les années à venir.
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