L'OFNAC veut sortir le Sénégal de la zone rouge de la corruption
Le Sénégal enregistre des avancées dans sa lutte contre la corruption, mais le chemin reste long avant de quitter les indicateurs défavorables qui plombent son image internationale.

C'est à l'occasion de la 10ᵉ Journée africaine de lutte contre la corruption que le président de l'Office national de lutte contre la corruption, Moustapha Ka, a dressé un bilan mi-figue mi-raisin de la situation. Si des progrès sont réels, le pays n'a pas encore franchi le seuil qui lui permettrait de sortir de ce que les spécialistes appellent la «zone rouge», cet espace symbolique où se regroupent les États jugés particulièrement vulnérables au phénomène corruptif.
L'OFNAC, créé en 2012 sous la présidence de Macky Sall pour renforcer l'arsenal institutionnel de transparence, a progressivement élargi ses attributions. La structure est chargée de recevoir les déclarations de patrimoine des hauts fonctionnaires, d'instruire les signalements de corruption et de formuler des recommandations aux autorités compétentes. Son existence témoigne d'une volonté politique affichée, même si son efficacité réelle a souvent été mise en doute par la société civile et les observateurs indépendants.
La journée africaine de lutte contre la corruption, célébrée chaque 11 juillet, rappelle les engagements pris par les États membres de l'Union africaine depuis l'adoption de la Convention africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption en 2003. Vingt ans plus tard, le continent peine encore à traduire ces engagements en résultats mesurables. Le Sénégal, qui se présente volontiers comme un exemple de stabilité démocratique en Afrique de l'Ouest, n'échappe pas à cette réalité.
L'appel de Moustapha Ka à «poursuivre les efforts» sonne comme un aveu implicite que les acquis restent fragiles. La corruption touche au Sénégal des secteurs aussi divers que les marchés publics, la gestion foncière, la douane ou encore l'accès aux services de base. Ces pratiques pèsent directement sur le pouvoir d'achat des ménages et découragent l'investissement privé, notamment étranger.
La nouvelle donne politique née de l'alternance de mars 2024, avec l'arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et la nomination de son Premier ministre Ousmane Sonko, s'est accompagnée d'un discours ferme contre la corruption et la mal-gouvernance. Les nouvelles autorités ont fait de la reddition des comptes un axe central de leur communication. C'est dans ce contexte que les performances de l'OFNAC seront scrutées avec une attention particulière, par les citoyens comme par les partenaires techniques et financiers du pays.
La prochaine publication des indices internationaux de perception de la corruption, attendue en début d'année prochaine, dira si les progrès évoqués par Moustapha Ka se traduisent enfin en points gagnés sur les classements qui conditionnent, en partie, la crédibilité du Sénégal aux yeux du monde.
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