Le Sénégal se dote d'un arsenal juridique contre les cybermenaces
Les députés sénégalais ont entamé l'examen d'un projet de loi destiné à renforcer la protection des infrastructures stratégiques du pays face aux risques numériques croissants.

L'Assemblée nationale planche actuellement sur le projet de loi n°25/2026 relatif à la protection des infrastructures critiques et à la sécurité numérique. Le texte, qui instaure deux régimes distincts de régulation, traduit la volonté des autorités de mieux encadrer un secteur jugé de plus en plus vulnérable aux attaques informatiques.
Le concept d'«infrastructure critique» désigne l'ensemble des systèmes et équipements dont la défaillance aurait des conséquences graves sur le fonctionnement de l'État et de l'économie : réseaux électriques, télécommunications, systèmes bancaires, administrations publiques. En prévoyant deux régimes de régulation distincts, le projet de loi cherche à adapter le niveau de protection aux degrés variables de sensibilité de ces installations. Des obligations renforcées sont par ailleurs imposées aux entités concernées pour faire face aux cybermenaces.
La démarche s'inscrit dans une tendance continentale. Plusieurs pays africains ont ces dernières années accéléré la construction de leurs cadres juridiques en matière de cybersécurité. Le Ghana, la Côte d'Ivoire ou encore le Rwanda ont adopté des législations spécifiques, souvent sous l'impulsion de la Convention de l'Union africaine sur la cybersécurité et la protection des données personnelles, signée à Malabo en 2014. Le Sénégal avait déjà posé des jalons avec sa loi sur les transactions électroniques et son Code des communications électroniques, mais le texte aujourd'hui en discussion représente un saut qualitatif significatif.
Pour le Sénégal, l'enjeu est particulièrement aigu dans un contexte de transformation numérique rapide. Le pays a multiplié ces dernières années les investissements dans les infrastructures numériques, de la fibre optique aux plateformes de services publics en ligne. Cette montée en puissance du numérique élargit mécaniquement la surface d'exposition aux attaques, qu'elles viennent de groupes criminels, d'acteurs étatiques ou de simples opportunistes exploitant des failles techniques.
La cybersécurité n'est plus un sujet réservé aux spécialistes des technologies de l'information ; elle touche désormais à la souveraineté nationale, à la stabilité économique et à la confiance des citoyens dans les services publics. En légiférant sur ce terrain, l'Assemblée nationale répond à une nécessité que les événements récents sur le continent africain, marqué par des attaques contre des institutions gouvernementales et des opérateurs financiers, ont rendu impossible à ignorer.
Le vote de ce projet de loi constituera une étape décisive, mais c'est sa mise en oeuvre concrète, à travers les moyens humains et techniques alloués aux autorités de régulation, qui dira si le Sénégal est réellement en mesure de tenir ses engagements face aux cybermenaces.
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