Locales 2027 : la stratégie de Diomaye sur la décentralisation agite le Pastef
Le président Bassirou Diomaye Faye prépare les élections locales de 2027 avec une vision propre de la décentralisation, mais cette démarche crée des remous au sein même de sa formation politique.

À moins de deux ans des prochaines élections locales, le chef de l'État sénégalais a engagé des discussions avec les maires autour d'une nouvelle approche de la gouvernance territoriale. Une rencontre tenue au CICAD a constitué un moment clé de cette initiative, révélant les contours d'une stratégie présidentielle qui ne fait pas l'unanimité dans les rangs du Pastef.
La décentralisation est un chantier ancien au Sénégal. Depuis les réformes de 1996 qui ont érigé les régions en collectivités locales, puis l'Acte III de la décentralisation lancé sous Macky Sall en 2013, chaque régime a tenté de redéfinir les équilibres entre le pouvoir central et les élus locaux. La nouveauté avec Diomaye Faye, c'est que cette réforme se construit à l'approche d'un scrutin, ce qui lui confère une dimension à la fois technique et franchement politique.
Les tensions au sein du Pastef s'expliquent par une arithmétique simple. Si le président cherche à nouer des alliances transversales avec des maires issus d'autres formations politiques, il risque de bousculer les ambitions de ses propres militants, qui espèrent conquérir les mairies lors des prochaines locales. Satisfaire les élus en place peut signifier sacrifier les aspirations des cadres du parti majoritaire sur le terrain.
La question dépasse le seul cadre sénégalais. Dans plusieurs pays africains, la gestion des collectivités territoriales est devenue un enjeu stratégique pour les partis au pouvoir. Au Bénin, en Côte d'Ivoire ou au Mali avant la rupture institutionnelle, les gouvernements ont régulièrement utilisé la décentralisation comme levier de fidélisation des élites locales, parfois au détriment de la cohérence partisane. Le Sénégal ne fait pas exception à cette logique.
Ce que le président Faye cherche à construire ressemble à un pari risqué : réformer la gouvernance locale tout en préparant le terrain électoral, sans aliéner une base militante qui attend ses dividendes politiques depuis l'alternance de mars 2024.
Les prochains mois diront si le Pastef parvient à concilier l'ambition réformatrice de son leader et les appétits légitimes de ses responsables locaux, ou si cette tension interne finit par peser sur l'unité du parti avant le scrutin de 2027.
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