Macky Sall peut rentrer sans craindre la justice, affirme un juriste de l'UCAD
L'avis du professeur alimentera sans doute le débat qui agite les milieux politiques et juridiques sénégalais, à l'heure où le nouveau pouvoir est attendu sur sa capacité à concilier exigence de justice et stabilité institutionnelle.

Un éminent professeur de droit pénal de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar estime que l'ancien président Macky Sall ne court aucun risque judiciaire en cas de retour au Sénégal. Une analyse qui intervient dans un contexte de forte agitation politique autour du sort de l'ex-chef de l'État.
Selon le Pr Ousseynou Bâ, spécialiste en droit pénal à l'UCAD, aucune infraction susceptible d'entraîner des poursuites ne peut être imputée à l'ancien président. Interrogé par le quotidien L'Observateur, le juriste a balayé les spéculations sur une éventuelle mise en cause de Macky Sall et est allé plus loin en évoquant un accueil triomphal si ce dernier décidait de fouler de nouveau le sol sénégalais.
Macky Sall a quitté le pouvoir en mars 2024, après deux mandats à la tête du Sénégal, au terme d'une transition saluée sur le continent pour son caractère pacifique. Son successeur, Bassirou Diomaye Faye, porté par la coalition Yewwi Askan Wi et le mouvement Pastef de l'ex-Premier ministre Ousmane Sonko, a pris ses fonctions dans un pays traversé par de profondes attentes de rupture. Depuis lors, l'hypothèse d'une reddition de comptes de l'ancien régime est régulièrement évoquée dans le débat public.
La question de la responsabilité pénale des anciens chefs d'État est un sujet sensible en Afrique. Plusieurs pays du continent ont connu des situations où d'anciens présidents ont fait face à la justice, parfois dans des contextes jugés politiquement motivés. Au Sénégal, le précédent d'Abdoulaye Wade, revenu au pays sans être inquiété sur le plan judiciaire malgré les tensions, est souvent cité en référence. L'analyse du Pr Bâ s'inscrit donc dans une tradition juridique qui rappelle que les poursuites, pour être légitimes, doivent reposer sur des faits précisément qualifiés par la loi.
Pour les juristes, la distinction entre responsabilité politique et responsabilité pénale est fondamentale. Critiquer la gestion d'un régime ou dénoncer ses choix économiques et sécuritaires ne suffit pas à constituer une infraction pénale. Sans acte délictuel clairement établi et démontré devant un tribunal compétent, aucune poursuite ne peut prospérer. C'est précisément sur ce terrain que le Pr Bâ fonde son raisonnement, écartant ainsi ce qu'il considère comme une confusion entre procès politique et procès judiciaire.
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