MACKY SALL : SE RETIRER SANS RENONCER, PRÉSERVER L’HONNEUR SANS ÉTEINDRE L’AMBITION...
Il est des valeurs qui se transmettent par l’éducation, la mémoire des ancêtres et les récits des grandes figures historiques. Dans le substrat culturel des Salsalbé, comme dans l’imaginaire historique associé aux Tiédo, l’honneur est une exigence supérieure, une ligne rouge infranchissable, une valeur incommensurable qui ne se négocie pas au gré des circonstances.

Macky Sall est un digne et illustre fils du Sénégal et de l’Afrique, dont l’éducation s’est forgée au croisement des cultures pulaar et sérère. De cette double imprégnation serait née une vocation de faiseur de ponts : rapprocher les cultures plutôt que dresser des frontières, créer des passerelles plutôt qu’entretenir les clivages, favoriser le dialogue multi-acteurs et nourrir le multilatéralisme.
C’est à cette profondeur culturelle que prend sens et s’éclaire son retrait de la course au Secrétariat général des Nations Unies : non comme un renoncement à l’ambition, mais une étape qui laisse intacte sa volonté de contribuer au dialogue entre les cultures, les nations et les peuples.
Ingénieur géologue, Macky Sall est aussi un homme nourri à l’école de la rationalité scientifique, celle qui apprend à observer, à analyser et à décider. A la différence de Samba Diallo, figure tragique de L’Aventure ambiguë dont l’auteur vient de nous quitter, tenaillé par le déchirement entre deux univers et par l’idée qu’il n’existe peut-être pas de conscience pleinement lucide entre les deux termes d’un même choix, Macky Sall semble avoir gardé la tête froide au moment décisif. Il a fait un choix, celui du retrait, sans que ce geste signifie nécessairement l’abandon de toute ambition, celle d’un homme capable de choisir sans se laisser paralyser par l’ambigüité et tenter par le renoncement.
Son parcours, faut-il le rappeler, aura été celui d’une fulgurante ascension : Premier ministre, Président de l’Assemblée nationale, Président de la République du Sénégal, puis Président en exercice de l’Union africaine. Autant de responsabilités qui l’ont placé au cœur des enjeux nationaux, continentaux et internationaux. En se portant candidat au secrétariat général des Nations unies, il prolongeait cette trajectoire vers un espace plus vaste, celui du dialogue entre les nations et de la recherche de la paix.
Dès lors, son retrait peut se lire non comme l’effondrement définitif d’une ambition, mais comme une décision lucide face aux réalités d’une compétition internationale dont l’issue demeure suspendue aux caprices de cinq pays membres du Conseil de sécurité, ou à l’exercice de leur droit de véto. Il faut parfois savoir renoncer à une bataille sans perdre de vue l’horizon qui lui donnait sens. La lucidité n’est pas toujours de persister ; elle consiste aussi à reconnaître le moment où le retrait préserve l’essentiel : contribuer aux grands enjeux de paix, de sécurité et de dialogue dans le monde. Se retirer d’une compétition n’est pas renoncer à servir. Une candidature peut s’arrêter sans que l’ambition s’éteigne.
Ses détracteurs ne manqueront sans doute pas-certains sont déjà à l’œuvre- de se livrer à une sorte de danse des vautours autour de cette décision, de célébrer ce retrait comme une défaite. Drapés dans les habits de prophètes d’un jour qui auraient tout prévu, et faisant les oiseaux de mauvaise augure, ils prétendront avoir eu le rêve fou d’entrevoir l’inéluctable à la lumière d’un bilan qu’ils qualifient, parfois méchamment, de macabre. Mais entre la critique légitime d’un bilan et la cynique jubilation devant le retrait d’un homme, il y a heureusement un abîme. Et les prophètes d’un jour sont souvent ceux qui réécrivent leurs prédictions ex post, une fois les événements advenus, pour se donner rétrospectivement le beau et cynique rôle de ceux qui avaient tout prévu.
Au-delà des passions partisanes et des adversités nourries par la haine, il convient de savoir reconnaître la grandeur d’un acte, la noblesse d’une posture qui transcendent les contingences politiques et les rivalités circonstancielles. L’honneur ne se proclame pas : il s’éprouve dans les actes. L’ambition véritable, elle, ne se mesure pas uniquement à la conquête d’une fonction, mais à la capacité de poursuivre un engagement au service d’une cause.
Se retirer sans renoncer, préserver l’honneur sans éteindre l’ambition, tel est le sens profond et la quintessence de l’acte posé par Macky Sall. Il y a dans cette posture une beauté politique rare, une noblesse de caractère et une intelligence du temps qui distingue les hommes d’État des simples acteurs de circonstance. Car savoir se retirer sans se renier, c’est comprendre que l’ambition véritable ne s’épuise pas dans l’immédiateté d’une conquête, mais se nourrit de la maîtrise de soi, de la lucidité et du sens de l’histoire.
Les fonctions passent, les circonstances changent et les conjonctures se défont, mais une vision ne demeure vivante que lorsqu’elle transcende les ambitions personnelles pour continuer de se mettre au service des autres. L’essentiel n’est donc pas d’accéder aux plus hautes fonctions, mais de rester fidèle à l’ambition de servir, même lorsque les chemins empruntés changent. Les batailles peuvent se perdre, les échéances se refermer, mais une ambition véritable ne se mesure pas à la fonction obtenue mais a la force d’une vision et à la capacité de rester utile. On peut renoncer à une compétition sans perdre son cap ; on ne perd vraiment que lorsqu’on renonce à servir. Entre le retrait et le renoncement, Macky a choisi de continuer à servir dans la dignité.
Professeur Ousmane DIA
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