Paiements mobiles en Afrique francophone : la régulation freine l'essor des fintechs
Le cadre réglementaire et la pression fiscale pèsent sur le développement des services de paiement mobile en Afrique francophone. C'est le constat posé par une cadre dirigeante de l'un des géants mondiaux du paiement.

Aminata Kane, vice-présidente senior de Visa, a pointé du doigt les obstacles structurels qui ralentissent la croissance des fintechs dans les pays d'Afrique francophone. Selon elle, la réglementation en vigueur dans cette zone s'avère plus contraignante que dans d'autres régions du continent, et les charges fiscales qui s'y ajoutent compliquent davantage l'émergence d'un écosystème numérique financier solide.
Ce diagnostic s'inscrit dans un contexte où l'Afrique subsaharienne est pourtant présentée, depuis plusieurs années, comme l'une des régions les plus dynamiques au monde en matière de paiements mobiles. Des pays comme le Kenya ou la Tanzanie, en Afrique anglophone, ont su développer des infrastructures financières numériques matures, avec des services comme M-Pesa qui font figure de modèles à l'échelle mondiale. L'Afrique francophone, malgré un potentiel réel, accuse un retard que les acteurs du secteur attribuent en partie à l'environnement institutionnel.
Au Sénégal, le mobile money a certes progressé ces dernières années, avec des opérateurs comme Wave ou Orange Money qui ont profondément modifié les habitudes de paiement des ménages. Mais les acteurs du secteur rappellent régulièrement que les conditions d'exercice restent complexes : des exigences de conformité lourdes, une fiscalité spécifique sur les transactions numériques et une supervision partagée entre plusieurs autorités nationales et régionales pèsent sur leurs marges et leur capacité d'investissement.
La zone franc CFA, qui regroupe une large partie de l'Afrique francophone, dispose d'un cadre de régulation financière piloté notamment par la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest pour la région UEMOA. Si cette architecture vise à garantir la stabilité et la protection des consommateurs, certains opérateurs estiment qu'elle n'a pas toujours su s'adapter à la vitesse d'innovation propre aux fintechs. L'harmonisation régionale, censée faciliter les échanges, peut paradoxalement alourdir les procédures pour des acteurs qui souhaitent se déployer rapidement sur plusieurs marchés.
L'enjeu est considérable pour des populations dont une large majorité reste encore exclue du système bancaire traditionnel. Les paiements mobiles représentent une porte d'entrée vers l'inclusion financière, un levier de développement économique identifié par de nombreuses institutions internationales. Chaque frein réglementaire ou fiscal supplémentaire retarde l'accès de millions de personnes à des services financiers de base.
Le débat sur l'équilibre à trouver entre encadrement nécessaire et souplesse favorable à l'innovation s'annonce central pour les prochaines années, à mesure que les États et les régulateurs africains affineront leurs politiques numériques.
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