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Pastef contre Diomaye : quand un parti se retourne contre son propre président élu

La prochaine étape appartient désormais aux sept sages du Conseil constitutionnel, dont la décision pourrait redessiner durablement les rapports de force entre Diomaye Faye et le mouvement politique qui l'a conduit au pouvoir.

Pastef contre Diomaye : quand un parti se retourne contre son propre président
Pastef contre Diomaye : quand un parti se retourne contre son propre président — Photo : A l'heure / À l'Heure
Politique

Le groupe parlementaire Pastef a publiquement pris à partie le président Bassirou Diomaye Faye après que ce dernier a saisi le Conseil constitutionnel pour bloquer une révision de la Constitution adoptée par l'Assemblée nationale à l'initiative de ses propres députés.

La situation est pour le moins inédite dans l'histoire politique du Sénégal. Le parti au pouvoir et le chef de l'État qu'il a porté à la présidence en mars 2024 se retrouvent en opposition frontale sur une question constitutionnelle. Les députés du Pastef avaient soumis et fait adopter une proposition de révision constitutionnelle ; Bassirou Diomaye Faye a répondu en saisissant le Conseil constitutionnel d'un recours en inconstitutionnalité contre ce texte. La réaction des parlementaires ne s'est pas fait attendre : ils ont vivement condamné cette démarche et exprimé leur désaccord avec la décision du président.

Cette fracture visible entre l'exécutif et sa propre majorité parlementaire illustre une tension que les observateurs politiques avaient perçue depuis plusieurs semaines autour de la cohabitation des centres de pouvoir au sein du camp Pastef. D'un côté, un président de la République soucieux d'asseoir son autorité constitutionnelle et de maintenir un certain équilibre institutionnel ; de l'autre, un groupe parlementaire qui entend peser sur les grandes orientations du pays et faire avancer un agenda politique propre. Le recours au Conseil constitutionnel, institution garante de la conformité des lois à la Constitution sénégalaise, est une procédure légale, mais son usage par un chef d'État contre un texte émanant de son propre camp revêt une signification politique particulièrement forte.

Au-delà des querelles internes, c'est la question de l'équilibre des pouvoirs qui est posée. Le Sénégal dispose d'un régime présidentiel fort, hérité de la Constitution de 2001 et des révisions successives. Le président de la République y concentre l'essentiel des prérogatives exécutives, mais l'Assemblée nationale conserve un rôle législatif que le Pastef, depuis son accession à la majorité, cherche manifestement à valoriser. Ce bras de fer entre les deux têtes d'un même camp rappelle, dans une certaine mesure, des tensions similaires observées ailleurs en Afrique de l'Ouest, notamment au Ghana ou au Bénin, lorsque des majorités parlementaires ont tenté d'élargir leur champ d'action face à un exécutif réticent.

La décision du Conseil constitutionnel sera donc scrutée avec attention bien au-delà des cercles politiques habituels. Si les juges valident le recours présidentiel et déclarent le texte inconstitutionnel, Diomaye Faye sortira renforcé juridiquement mais fragilisé politiquement au sein de son propre camp. Si, au contraire, la révision est jugée conforme à la Constitution, la majorité parlementaire du Pastef s'imposera comme un acteur à part entière du jeu institutionnel sénégalais.

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