Pastef secoué par des départs en série après la rupture avec Sonko
Les prochaines semaines seront décisives pour mesurer l'ampleur réelle de cette crise interne et la capacité du Pastef à se réinventer autour de la figure présidentielle, sans perdre la base militante qui a porté sa victoire historique.

Le parti au pouvoir traverse une zone de turbulences interne, avec une vague de démissions qui s'accélère depuis que le président Bassirou Diomaye Faye a engagé une mise à distance progressive de l'influence d'Ousmane Sonko au sein de l'appareil partisan.
Plusieurs membres du Pastef ont rendu leur carte ces derniers jours, selon des informations rapportées par WalfQuotidien et Libération. Ce mouvement de départs intervient dans un contexte de recomposition interne que certains observateurs ont surnommé la «désonkorisation», en référence à la volonté prêtée au chef de l'État de desserrer l'emprise de son ancien mentor et Premier ministre sur les structures du parti. Amadou Ba, figure de l'opposition, a toutefois relativisé la portée de ces démissions, estimant qu'elles ne remettent pas fondamentalement en cause la solidité du mouvement.
Le Pastef, fondé en 2014 par Ousmane Sonko, a longtemps incarné une opposition frontale au régime de Macky Sall avant de conquérir le pouvoir en mars 2024 avec l'élection de Bassirou Diomaye Faye à la présidence. Dès son arrivée au palais, Faye a progressivement affirmé son autonomie politique, une dynamique qui a fini par créer des frictions visibles avec Sonko, alors nommé Premier ministre. La révocation de ce dernier à ce poste a constitué le point de rupture le plus spectaculaire, ouvrant une période d'incertitude sur l'équilibre interne du parti.
Ces démissions illustrent une tension classique dans la vie des partis politiques africains issus de mouvements populaires : la transition entre opposition et exercice du pouvoir redistribue les rôles, les loyautés et les ambitions. Ce que certains militants ont rejoint comme une cause portée par un homme, Sonko, se retrouve aujourd'hui confronté à une institutionnalisation autour d'un autre homme, Faye. La question de savoir qui incarne véritablement le projet politique du Pastef est désormais posée publiquement.
Sur le plan national, la stabilité du parti au pouvoir conditionne directement la capacité du gouvernement à conduire ses réformes économiques et sociales. Un Pastef affaibli par des dissensions internes offrirait une fenêtre à une opposition qui peine encore à se structurer depuis sa défaite de 2024. À l'échelle du continent, le cas sénégalais rappelle les trajectoires de partis comme l'ANC en Afrique du Sud ou le MDC au Zimbabwe, où la gestion de l'après-victoire a souvent été plus périlleuse que la conquête du pouvoir elle-même.
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