Pastef : un exclu règle ses comptes et met Khady Diène Gaye en cause
Un membre du Pastef affirme avoir été mis à l'écart du mouvement de la diaspora du parti, pointant du doigt la ministre Khady Diène Gaye. L'affaire révèle des frictions internes que le parti au pouvoir peinait jusque-là à dissimuler.

Khouraichi Thiam, membre reconnu du Pastef et administrateur du Fonds d'Appui à l'Investissement des Sénégalais de l'Extérieur (FAISE), a rendu publique une situation qui aurait dû rester dans les coulisses du parti. Dans un message diffusé sur les réseaux sociaux, il affirme avoir été retiré de plusieurs groupes WhatsApp du MONCAP, le mouvement des compatriotes de la diaspora affilié au Pastef. Plutôt que d'avaler la pilule en silence, il a choisi de nommer directement Khady Diène Gaye, ministre en charge des Sénégalais de l'Extérieur, comme responsable de cette mise à l'écart.
Le Pastef, parti du président Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko, a longtemps entretenu l'image d'une formation soudée, forgée dans l'opposition et la résistance face à l'ancien régime. Ses militants ont traversé des périodes d'emprisonnements, de poursuites judiciaires et de pression politique. Cette solidarité de combat constituait l'un des piliers de la cohésion interne du mouvement. Depuis l'accession au pouvoir en mars 2024, les lignes bougent.
La gestion de la diaspora sénégalaise constitue un enjeu considérable. Les Sénégalais établis à l'étranger envoient chaque année des milliards de francs CFA dans le pays, faisant des transferts de fonds l'un des moteurs économiques les plus constants du Sénégal. Le FAISE, dont Khouraichi Thiam assure l'administration, est précisément l'instrument censé canaliser et valoriser ces ressources en faveur de l'investissement productif. Que les tensions au sommet du Pastef rejaillissent sur cet espace dit beaucoup sur l'imbrication entre logique partisane et gestion de l'État.
Ce type de querelles internes n'est pas une nouveauté dans la politique sénégalaise. De l'APR sous Macky Sall à l'ancien PDS de Wade, les périodes qui suivent une conquête du pouvoir se caractérisent souvent par des batailles de positionnement entre militants qui s'estiment lésés dans le partage des responsabilités. Le Pastef, malgré son discours de rupture, semble traverser une dynamique comparable. La nouveauté réside dans le fait que ces frictions se jouent désormais, et très rapidement, sur les réseaux sociaux, exposant les dissensions à l'opinion publique avant toute tentative de règlement interne.
Ni le Pastef, ni le cabinet de Khady Diène Gaye n'ont, pour l'heure, réagi publiquement aux accusations de Khouraichi Thiam. Le silence officiel contraste avec l'agitation que le message a générée en ligne, relançant les débats sur la capacité du parti à gérer les frustrations de ceux qui ont contribué à sa victoire sans en avoir obtenu les dividendes espérés.
La façon dont le Pastef choisira de traiter cette affaire, en interne ou sur la place publique, donnera une première mesure concrète de sa maturité gouvernementale face aux contradictions qui naissent inévitablement de l'exercice du pouvoir.
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