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Plus d'un actif sénégalais sur deux travaille à son propre compte

Au premier trimestre 2026, la majorité des travailleurs sénégalais exercent en dehors du salariat classique. Les femmes sont en tête de ce phénomène, avec près de six actives occupées sur dix relevant du travail indépendant.

Plus d'un actif sénégalais sur deux travaille à son propre compte
Plus d'un actif sénégalais sur deux travaille à son propre compte — Photo : A l'heure / À l'Heure
Économie

L'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) confirme ce que beaucoup observent au quotidien dans les rues de Dakar ou de Touba : le Sénégal est un pays de travailleurs à leur compte. Au premier trimestre 2026, 54,4 % des actifs occupés se déclarent indépendants, qu'ils travaillent seuls ou qu'ils emploient d'autres personnes. Ce chiffre illustre la physionomie profonde d'un marché du travail où le secteur informel tient une place structurelle, bien ancrée dans les habitudes économiques et sociales du pays.

Les femmes apparaissent comme les premières concernées par cette réalité. Avec 62,8 % d'indépendantes parmi les actives occupées, elles dépassent nettement la moyenne nationale. Ce constat n'est pas nouveau : les femmes sénégalaises ont historiquement investi les circuits économiques parallèles, du petit commerce alimentaire aux activités de transformation artisanale, souvent faute d'accès au salariat formel ou aux structures de financement bancaire. Cette surreprésentation féminine dans le travail indépendant est à la fois un signe de résilience et le reflet de persistantes inégalités d'accès à l'emploi stable.

À l'échelle africaine, le Sénégal n'est pas un cas isolé. L'Organisation internationale du travail estime que l'emploi informel représente plus de 85 % de l'emploi total en Afrique subsaharienne. Dans ce contexte, un taux de 54,4 % de travailleurs indépendants parmi les actifs occupés sénégalais traduit une réalité commune à nombre d'économies du continent, où la création d'entreprises formelles reste entravée par les charges administratives, le coût du crédit et la faiblesse des filets de protection sociale.

Pour les pouvoirs publics, ce tableau statistique pose une question de fond : comment accompagner ces millions de travailleurs qui, hors de tout contrat de travail déclaré, ne bénéficient ni de couverture maladie professionnelle, ni de retraite, ni des garanties liées au Code du travail ? Le Plan Sénégal Émergent, puis les priorités économiques de l'actuel gouvernement, ont régulièrement affiché l'ambition de structurer davantage ce secteur, notamment à travers la promotion de la micro-entreprise et l'extension de la protection sociale. Les résultats restent, pour l'heure, en deçà de l'ampleur du défi.

La question de la formalisation progressive du travail indépendant, conjuguée à celle de l'accès des femmes aux financements et à la formation, sera vraisemblablement au coeur des prochains débats économiques, à mesure que l'ANSD publiera les données des trimestres suivants.

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