PS : Serigne Mbaye Thiam veut réformer le parti dans l'unité
Un cadre du Parti socialiste monte au créneau pour défendre un projet de transformation interne, tout en rejetant fermement toute idée de rupture avec la formation historique.

Dans un entretien accordé à L'Observateur, Serigne Mbaye Thiam, figure reconnue du Parti socialiste sénégalais, a affiché une double posture : celle d'un homme déterminé à bousculer l'ordre établi au sein du parti, mais refusant catégoriquement d'en sortir. Lié au mouvement «Dundal PS», dont le nom wolof signifie littéralement «ressusciter le PS», il décrit une direction gangrenée par ce qu'il appelle une stratégie de «pourrissement», une volonté délibérée de laisser pourrir les initiatives de rénovation plutôt que de les affronter franchement.
Le PS, fondé en 1948 sous l'impulsion de Léopold Sédar Senghor, a longtemps incarné la colonne vertébrale politique du Sénégal indépendant. Après quarante ans au pouvoir, la défaite de 2000 face à Abdoulaye Wade a ouvert une longue période d'errance idéologique et de recompositions internes douloureuses. Depuis lors, le parti peine à retrouver une identité claire, oscillant entre alliances de circonstance et querelles de leadership. C'est dans ce terreau d'incertitude que des voix comme celle de Serigne Mbaye Thiam cherchent à s'imposer.
Au-delà des guerres internes, le responsable socialiste a également abordé des questions de fond, notamment la gestion de la dette publique et des enjeux constitutionnels. Ces sujets, au coeur du débat politique sénégalais depuis l'alternance de mars 2024, cristallisent les tensions entre la nouvelle majorité au pouvoir et une opposition qui tente de se repositionner. Pour le PS, prendre position sur ces dossiers est aussi une façon de signaler son existence sur la scène nationale.
Le phénomène «Dundal PS» s'inscrit dans une tendance plus large observable sur le continent africain : celle de vieux partis historiques confrontés à la nécessité de se réinventer face à une jeunesse qui ne se reconnaît plus dans leurs structures. Du Congrès national africain en Afrique du Sud au PDCI en Côte d'Ivoire, les grandes formations issues des indépendances traversent des crises de légitimité similaires. La question n'est plus seulement de savoir qui dirige le parti, mais si le parti lui-même a encore quelque chose à dire à ses électeurs.
Ce que révèle la sortie de Serigne Mbaye Thiam, c'est moins une crise de personnes qu'une crise de projet. Réformer de l'intérieur sans disposer des leviers de décision est un pari risqué ; partir en claquant la porte, c'est souvent disparaître. Le PS se retrouve ainsi face à un dilemme classique des organisations vieillissantes : se transformer ou se fossiliser.
Les prochains mois diront si le mouvement «Dundal PS» parvient à imposer ses vues à la direction ou si, comme beaucoup d'initiatives similaires avant lui, il finit par s'essouffler dans les méandres d'un appareil qui a fait de la résistance au changement une seconde nature.
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