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Quand le «Projet» se retourne contre lui-même

L’histoire politique obéit à une loi aussi constante que méconnue : les révolutions ne succombent presque jamais sous les coups de leurs ennemis déclarés. Elles sont plus souvent v

Quand le «Projet» se retourne contre lui-même
Quand le «Projet» se retourne contre lui-même — Photo : La Rédaction / À l'Heure
Politique

Deux ans après l'arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et d'Ousmane Sonko, une question s'impose avec une acuité croissante : la dynamique de rupture portée par le Pastef est-elle encore intacte, ou la coalition victorieuse est-elle en train de se manger elle-même ?

Une tribune publiée dans les colonnes du quotidien *Le Soleil* soulève une hypothèse dérangeante : le «Projet», ce corpus de promesses transformatrices qui a mobilisé des millions de Sénégalais, serait aujourd'hui menacé non par ses adversaires de toujours, mais par certains de ceux-là mêmes qui en ont fait leur fonds de commerce électoral. Le parallèle avec la Révolution française est explicitement posé. En thermidor de l'an II, ce sont des révolutionnaires qui ont guillotiné Robespierre et mis fin à la dynamique jacobine, non les royalistes. L'histoire, souligne l'auteur de la tribune, obéit à cette constante cruelle : les grandes ambitions politiques meurent rarement sous les coups de l'ennemi extérieur.

Ce schéma n'est pas inédit sur le continent africain. Du Ghana de Jerry Rawlings au Burkina Faso de Thomas Sankara, en passant par la trajectoire du mouvement Y'en a Marre en Afrique de l'Ouest, les expériences de rupture ont régulièrement buté sur la même contradiction interne : la transformation d'un élan populaire en appareil de pouvoir génère presque mécaniquement des intérêts nouveaux, parfois incompatibles avec les idéaux fondateurs. Au Sénégal, le Pastef avait construit son identité sur le rejet explicite de cette dérive, se présentant comme une génération politique imperméable aux compromissions.

Or, la réalité du gouvernement depuis mars 2024 alimente un débat de fond dans la société sénégalaise. Des voix critiques, y compris parmi d'anciens sympathisants du mouvement, pointent des signes d'essoufflement idéologique : hésitations sur certains chantiers structurels annoncés, tensions au sein de la coalition, et une communication officielle qui peine parfois à entretenir le souffle de l'alternance. Sans verser dans le procès d'intention, ces signaux méritent d'être pris au sérieux dans un pays où l'opinion publique, jeune et exigeante, n'accorde pas facilement de second crédit.

La tribune qualifie ces dynamiques de «pathétique contre-révolution», une formulation volontairement tranchante qui vise moins à enterrer le bilan qu'à interpeller les acteurs du changement sur leur propre cohérence. Le propos rejoint une interrogation plus large sur la durabilité des alternances en Afrique de l'Ouest : comment préserver l'énergie d'une rupture une fois les urnes refermées et les contraintes de la gestion quotidienne installées ? C'est précisément la tension que les gouvernements post-alternance peinent le plus à résoudre.

À mesure que le quinquennat avance et que les premières épreuves de vérité se profilent, notamment sur les réformes économiques et institutionnelles promises, la capacité du tandem Faye-Sonko à tenir ses engagements fondateurs sera l'aune à laquelle l'histoire jugera si le «Projet» fut une révolution réelle ou simplement un thermidor anticipé.

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