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Référendum constitutionnel : Sonko et Diomaye, la fissure au sommet

Le projet de révision constitutionnelle porté par le président Bassirou Diomaye Faye révèle au grand jour une tension persistante entre le chef de l'État et son Premier ministre Ousmane Sonko, deux hommes pourtant issus du même mouvement politique.

Référendum constitutionnel : Sonko et Diomaye, la fissure au sommet
Référendum constitutionnel : Sonko et Diomaye, la fissure au sommet — Photo : A l'heure / À l'Heure
Sénégal

Ousmane Sonko n'a pas caché sa surprise face à la démarche référendaire engagée par Bassirou Diomaye Faye. Sans remettre en cause la légitimité du président à porter une telle initiative, le chef du gouvernement a néanmoins exprimé publiquement ses interrogations sur la méthode choisie et sur l'opportunité du moment. Cette sortie confirme ce que beaucoup d'observateurs pressentaient depuis plusieurs semaines : les deux hommes ne partagent pas toujours la même vision sur la conduite des affaires de l'État.

Le désaccord porte sur le fond autant que sur la forme. D'un côté, Diomaye Faye semble vouloir imprimer sa marque sur les institutions en proposant une réforme constitutionnelle par voie référendaire. De l'autre, Sonko paraît réservé sur cette stratégie, préférant vraisemblablement une autre séquence politique ou une autre voie. Ce type de divergence entre un président et son Premier ministre n'est pas inédit en Afrique de l'Ouest, mais il prend une dimension particulière ici, parce que les deux hommes sont co-fondateurs du Pastef et ont traversé ensemble une longue épreuve politique avant d'accéder au pouvoir en mars 2024.

Le contexte sénégalais rend cette situation d'autant plus sensible. Le tandem Diomaye-Sonko s'est construit sur une promesse de rupture avec les pratiques de l'ancien régime. Leurs partisans attendent une gouvernance cohérente, fondée sur l'unité de vision et d'action. Voir les deux figures du Projet s'exprimer publiquement en ordre dispersé sur une question aussi structurante que la révision de la Constitution fragilise cette image d'unité, même si aucune rupture ouverte n'est déclarée.

Le recours au référendum constitutionnel est, en Afrique, un instrument à double tranchant. Il peut légitimer une réforme en lui donnant une base populaire solide, mais il expose aussi un pouvoir à un désaveu électoral s'il est mal préparé ou mal expliqué. Au Sénégal, l'histoire récente a montré que les consultations populaires peuvent réserver des surprises : le référendum de 2016 sous Macky Sall en est un exemple, avec une participation en demi-teinte malgré l'adoption du texte.

La question qui se pose désormais est celle de la cohérence de l'exécutif face à un chantier institutionnel majeur. Un référendum ne se gagne pas seulement avec une bonne réforme ; il se gagne aussi avec une communication unifiée, un camp présidentiel soudé et une opinion publique convaincue. Sur ces trois points, le gouvernement devra rapidement clarifier sa position.

La suite appartient aux deux hommes : soit ils s'accordent sur une ligne commune avant que la controverse ne s'installe durablement dans l'opinion, soit les semaines à venir accentuent un peu plus la distance visible entre la présidence et la primature.

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