Dakar 28°C · ciel clairMarée haute 14h12
Mis à jour il y a 4 min📄 Édition papier · S'abonner

Réforme constitutionnelle : gouverner n’autorise pas à confisquer le débat

Une majorité parlementaire donne le pouvoir de voter des lois. Elle ne donne pas le droit de confisquer le débat national sur une réforme qui redéfinit l’architecture de l’État. Une Constitution n’appartient ni à un gouvernement, ni à une majorité, encore moins à une génération politique. Elle appartient au peuple et engage l’avenir de la Nation.

— Photo : Fatoumata Niang UDESR / À l'Heure
Contribution

Ce qui inquiète aujourd’hui n’est pas seulement le contenu de cette réforme, mais la volonté manifeste de l’imposer dans l’urgence, comme si le Sénégal faisait face à une crise institutionnelle majeure. Or, aucune situation exceptionnelle ne justifie une telle précipitation. Pendant que les ménages subissent la vie chère, que les jeunes réclament des emplois et que les acteurs économiques attendent des réponses concrètes, les priorités du pouvoir semblent s’être déplacées vers une refonte des règles du jeu politique.

Une Constitution ne se modifie pas pour satisfaire une majorité du moment ou pour renforcer une logique de concentration du pouvoir. Elle doit préserver les équilibres institutionnels, protéger les contre-pouvoirs et garantir que nul ne puisse demain exercer une autorité sans limites. Lorsqu’une réforme soulève autant d’interrogations, la responsabilité politique impose d’ouvrir le débat, d’écouter les critiques et de rechercher un consensus national.

Refuser ce temps de la concertation serait une erreur politique autant qu’institutionnelle. La force d’une démocratie ne réside pas dans la capacité d’une majorité à imposer sa volonté, mais dans son aptitude à convaincre, à rassembler et à respecter la souveraineté populaire. Le Sénégal a toujours été reconnu pour sa culture du dialogue ; il serait regrettable que cette tradition cède aujourd’hui la place à la logique du passage en force.

L’histoire enseigne qu’une Constitution imposée dans un climat de division porte souvent en elle les germes des crises de demain. Gouverner, ce n’est pas aller vite ; c’est agir avec responsabilité. En matière constitutionnelle, la véritable grandeur politique consiste parfois à accepter d’attendre, de dialoguer et de construire un accord durable. Car une République se renforce par le consensus, jamais par la précipitation.

Fatoumata Niang

UDESR

Partager
WhatsApp
X
Facebook
Copier

Commentaires

Soyez le premier à commenter cet article.

Réforme constitutionnelle : gouverner n’autorise pas à confisquer le débat | À l'Heure