Réformes constitutionnelles : le gouvernement tourne le dos au référendum
La balle est désormais dans le camp du Parlement, et l'on saura dans les semaines à venir si la majorité dont dispose Pastef à l'Assemblée nationale sera suffisante pour faire aboutir les ambitions réformatrices du chef de l'État sans accroc.

Le ministre de l'Industrie et du Commerce, Serigne Gueye Diop, a tranché : la révision de la Constitution voulue par le président Bassirou Diomaye Faye ne passera pas par les urnes d'un référendum. Les réformes envisagées emprunteront désormais une autre voie.
C'est lors de l'émission Grand Jury, diffusée dimanche, que le ministre Serigne Gueye Diop a livré cette information de poids. Interrogé sur la méthode que le gouvernement entend adopter pour conduire les réformes constitutionnelles du président Faye, il a été catégorique : le référendum appartient au passé. «Il n'y aura plus de référendum, c'est derrière nous», a-t-il affirmé, indiquant que les projets suivront désormais les procédures institutionnelles classiques, notamment la voie parlementaire.
Cette annonce intervient dans un contexte politique particulier. Depuis son accession à la magistrature suprême en mars 2024, Bassirou Diomaye Faye a affiché la volonté de réformer en profondeur les institutions sénégalaises. Une révision constitutionnelle figurait parmi les chantiers prioritaires du projet politique porté par Pastef, le parti au pouvoir. La question du canal par lequel ces réformes allaient être menées restait jusque-là en suspens dans le débat public.
Le Sénégal n'est pas étranger à l'exercice référendaire. Le pays a organisé plusieurs consultations populaires depuis son indépendance, dont celle de 2016 sous Macky Sall, qui avait abouti à une révision constitutionnelle approuvée par les électeurs. L'outil référendaire est souvent perçu comme un moyen de légitimer directement auprès des citoyens des changements institutionnels majeurs. Y renoncer revient à faire le choix d'une réforme portée par les représentants élus plutôt que soumise au vote direct du peuple, une option qui n'est pas sans susciter des débats sur la légitimité et la transparence du processus.
Sur le plan africain, le recours au référendum constitutionnel est une pratique courante, mais souvent controversée. Plusieurs régimes du continent l'ont utilisé pour modifier les règles du jeu politique à leur avantage, ce qui a parfois entaché l'image de cet instrument démocratique. En choisissant de s'en passer, le gouvernement sénégalais entend peut-être se démarquer de ces dérives, tout en s'exposant à la critique d'une réforme conduite loin du suffrage populaire direct.
Les détails concrets des réformes constitutionnelles projetées restent à préciser. La nature des modifications envisagées, leur calendrier et les équilibres politiques au sein de l'Assemblée nationale seront déterminants pour mesurer la portée réelle de ce chantier institutionnel.
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