Révision constitutionnelle : Talla Sylla monte au créneau pour réclamer la parole au peuple
La campagne référendaire s'annonce donc comme un moment de vérité pour le gouvernement d'Ousmane Sonko et pour l'ensemble de la classe politique sénégalaise, qui devra convaincre ou affronter le verdict des urnes.

La révision constitutionnelle adoptée par l'Assemblée nationale le 29 juin 2026 continue d'alimenter le débat politique au Sénégal. Le leader de Jeëf-Jeëlël, Talla Sylla, réclame haut et fort un référendum et dénonce ce qu'il appelle une dérive institutionnelle grave.
Talla Sylla n'y va pas par quatre chemins. Pour lui, laisser une majorité parlementaire modifier seule la Constitution revient à instaurer ce qu'il qualifie de «tyrannie de la majorité». La révision du texte fondamental d'un pays ne saurait, selon lui, rester l'affaire exclusive des députés, aussi nombreux soient-ils. C'est le peuple, détenteur originel de la souveraineté, qui doit trancher.
Le contexte est celui d'une Assemblée nationale dominée par la coalition au pouvoir, Pastef en tête, depuis les législatives de novembre 2024. Cette majorité écrasante a permis d'adopter le texte de révision constitutionnelle sans encombre. C'est précisément cette situation que Talla Sylla désigne par l'expression de «coup d'État parlementaire rampant» : une transformation profonde des règles du jeu institutionnel menée sans consultation populaire, dans les formes légales mais sans légitimité démocratique suffisante à ses yeux.
Le président Bassirou Diomaye Faye a finalement tranché en faveur d'un référendum. Cette décision, qui donne partiellement raison aux partisans du vote populaire, n'a pas pour autant éteint la controverse. La question de fond reste entière : quelles modifications sont apportées à la Constitution, et dans quel sens ces changements orientent-ils l'équilibre des pouvoirs au Sénégal ? Sur ce point, le débat public demeure insuffisamment nourri.
La révision constitutionnelle par voie parlementaire n'est pas une nouveauté au Sénégal. Le pays a une longue tradition de modifications du texte fondamental, parfois pour consolider l'État de droit, parfois pour servir des intérêts politiques immédiats. L'histoire récente du continent africain offre par ailleurs de nombreux exemples de révisions constitutionnelles contestées, de la Guinée à la Côte d'Ivoire, où le recours ou le refus du référendum a souvent cristallisé les tensions entre gouvernants et opposition.
Au-delà des postures partisanes, la controverse soulève une question de fond qui dépasse les frontières du Sénégal : jusqu'où une majorité élue peut-elle remodeler les institutions sans consulter directement les citoyens ? C'est l'un des grands défis des démocraties africaines contemporaines, où la force du nombre au Parlement est souvent perçue comme un blanc-seing suffisant.
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