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Secteur privé sénégalais : il est temps de regarder les choses en face

L'architecte et homme d'affaires Pierre Atépa Goudiaby monte au créneau pour défendre les entrepreneurs locaux, pris en étau entre injonctions patriotiques et soupçons de connivence avec la sphère publique.

Secteur privé sénégalais : il est temps de regarder les choses en face
Secteur privé sénégalais : il est temps de regarder les choses en face — Photo : A l'heure / À l'Heure
Sénégal

Dans une tribune remarquée, Pierre Atépa Goudiaby interpelle l'opinion sur ce qu'il perçoit comme une menace croissante pesant sur le secteur privé national. Son texte, intitulé «Ne tuez pas le secteur privé national !», prend la défense d'un entrepreneur dont les liens commerciaux avec une entreprise publique sont remis en cause par des représentants syndicaux. Pour Goudiaby, cette mise en cause traduit une incompréhension profonde du rôle que jouent les opérateurs économiques privés dans le tissu productif du pays.

La question n'est pas nouvelle au Sénégal. Depuis les premières politiques de «sénégalisation» économique engagées après l'indépendance, le débat sur la place du capital national face aux entreprises étrangères et aux monopoles publics n'a jamais vraiment trouvé de résolution satisfaisante. Les entrepreneurs locaux se plaignent régulièrement d'un accès difficile aux marchés publics, d'un système bancaire peu enclin à les financer et d'une concurrence déloyale exercée par des groupes étrangers mieux dotés en ressources et en réseaux.

Ce que soulève Goudiaby touche à une contradiction récurrente dans le discours public sénégalais : on exhorte les opérateurs privés nationaux à se développer, à créer des emplois, à substituer leurs offres à celles des entreprises étrangères ; mais dès qu'une collaboration entre un entrepreneur local et une entité publique est rendue visible, elle devient suspecte. Cette ambivalence fragilise la confiance des acteurs économiques et décourage la prise de risque, pourtant indispensable à toute dynamique entrepreneuriale.

Le débat dépasse les frontières sénégalaises. Dans plusieurs pays d'Afrique subsaharienne, la relation entre secteur privé national et entreprises publiques fait l'objet de tensions similaires. Les syndicats, soucieux de préserver l'emploi et l'intérêt général, surveillent de près les contrats conclus entre ces deux sphères. Mais cette vigilance, légitime dans son principe, peut se transformer en un frein structurel si elle n'est pas accompagnée d'une réflexion sur ce que signifie concrètement soutenir l'émergence d'un patronat africain solide et compétitif.

La tribune de Goudiaby a le mérite de poser une question que beaucoup préfèrent esquiver : peut-on simultanément réclamer un secteur privé national fort et soumettre chacun de ses acteurs à une suspicion systématique dès lors qu'il réussit à décrocher un contrat avec la puissance publique ? Cette injonction contradictoire, si elle n'est pas dépassée, risque de laisser le champ libre à des opérateurs étrangers moins exposés aux pressions internes.

La polémique ouverte par cette tribune pourrait servir de point de départ à un débat plus structuré, impliquant gouvernement, syndicats et patronat, sur les règles du jeu qui doivent présider aux relations entre acteurs publics et privés au Sénégal.

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