Senelec-Akilee : les travailleurs de l'énergie montent au créneau
Le syndicat des agents de Senelec tire la sonnette d'alarme face à un accord jugé défavorable aux intérêts de la compagnie nationale d'électricité, et exige que les parlementaires s'en saisissent.

Le Syndicat unique et démocratique des travailleurs de l'énergie (Sudeten) a officiellement rejeté, dans une déclaration rendue publique à Dakar le 26 octobre, le protocole transactionnel conclu entre Senelec et la société Akilee. Cet accord, validé par le conseil d'administration de Senelec le 23 octobre, s'accompagne d'un projet de contrat d'une durée de dix ans que le syndicat qualifie de «contrat léonin», c'est-à-dire entièrement favorable à l'une des parties au détriment de l'autre. Le Sudeten appelle également à l'ouverture d'une enquête parlementaire pour faire la lumière sur les conditions dans lesquelles cet accord a été négocié et approuvé.
Akilee est une entreprise spécialisée dans les solutions technologiques appliquées au secteur de l'énergie, notamment la gestion de compteurs intelligents. Elle n'en est pas à sa première implication dans le paysage énergétique sénégalais ; son nom avait déjà circulé dans des discussions autour de la modernisation du réseau de distribution de Senelec. C'est précisément ce lien antérieur qui rend les travailleurs vigilants : ils estiment que les termes du nouveau protocole consacrent une dépendance structurelle de la société nationale vis-à-vis d'un prestataire privé, sur une décennie entière.
Pour le Sudeten, l'enjeu dépasse la simple question contractuelle. Senelec est une entreprise stratégique : elle assure l'alimentation en électricité de l'ensemble du territoire sénégalais et constitue un levier fondamental pour les ambitions industrielles du pays. Confier sur le long terme des pans entiers de son activité à un opérateur privé dans des conditions opaques, arguent les syndicalistes, revient à fragiliser un outil public dont la maîtrise est indissociable de la souveraineté économique nationale. Cette préoccupation fait écho à un débat plus large qui traverse plusieurs pays africains, où la gestion des infrastructures énergétiques est régulièrement au cœur de tensions entre États, entreprises publiques et partenaires privés.
La demande d'enquête parlementaire formulée par le Sudeten s'inscrit dans une logique de contrôle démocratique que les organisations syndicales sénégalaises ont souvent revendiqué sur les grandes décisions affectant les entreprises publiques. Le syndicat entend ainsi forcer la transparence sur un dossier qui, selon lui, a été traité loin du regard des travailleurs et, plus largement, des citoyens. Cette démarche rappelle d'autres mobilisations similaires autour de contrats passés par des sociétés d'État dans les secteurs des télécommunications ou des ressources naturelles, où la pression syndicale et civile a parfois conduit à une révision des termes initialement arrêtés.
La balle est désormais dans le camp de l'Assemblée nationale, dont la réaction face à cette interpellation syndicale déterminera si le dossier Senelec-Akilee sera examiné à la lumière du jour ou restera cantonné aux cercles restreints de la gouvernance administrative.
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