Sonko à l'Assemblée : les commissions d'enquête ne font pas office de tribunal
Le Premier ministre Ousmane Sonko a tenu à clarifier le rôle et les limites des commissions d'enquête parlementaires, insistant sur la nécessité de les distinguer clairement des instances judiciaires.

Devant l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko a posé les jalons d'un débat qui agite depuis plusieurs semaines la scène politique sénégalaise. Pour le chef du gouvernement, une commission d'enquête parlementaire n'a pas vocation à prononcer des condamnations ni à se substituer aux juridictions compétentes. Il a plaidé pour plus de rigueur dans la conduite de ces travaux, ainsi que pour un traitement respectueux des personnes convoquées à comparaître devant ces instances.
Cette mise au point intervient dans un contexte de regain d'activité parlementaire depuis l'arrivée au pouvoir de la coalition Pastef en mars 2024. Plusieurs commissions d'enquête ont été lancées pour examiner la gestion des ressources publiques sous les régimes précédents. Si ces initiatives répondent à une demande citoyenne de transparence et de reddition des comptes, elles ont également suscité des tensions, certains observateurs dénonçant des dérives vers une forme de tribunal populaire médiatisé.
Dans l'histoire institutionnelle du Sénégal, les commissions d'enquête parlementaires ont longtemps été des outils peu usités, souvent perçus comme de simples chambres d'écho aux rapports de force politiques. Leur rôle est défini par le règlement intérieur de l'Assemblée nationale et par la Constitution : elles peuvent investiguer, convoquer des témoins et produire des recommandations, mais le monopole du jugement appartient au pouvoir judiciaire. Cette frontière, rappelée par Sonko, est fondamentale dans tout régime démocratique.
L'enjeu dépasse les frontières sénégalaises. Sur le continent africain, plusieurs pays traversent des expériences similaires, où des commissions parlementaires créées au lendemain d'alternances politiques voient leur mandat s'élargir au-delà du raisonnable, au risque de fragiliser l'équilibre des pouvoirs. Au Ghana, en Zambie ou plus récemment au Kenya, des débats analogues ont mis en lumière la tension permanente entre volonté politique de rendre des comptes et respect des garanties procédurales.
En rappelant ces limites, Sonko endosse ici un rôle inattendu pour certains de ses partisans les plus militants : celui de gardien des équilibres institutionnels. Pour ses détracteurs, cette sortie ressemble davantage à un recadrage stratégique destiné à maîtriser une dynamique qui pourrait devenir incontrôlable. Dans les deux cas, le débat touche à l'une des questions centrales de toute démocratie en construction : comment concilier l'exigence de justice et le respect des droits fondamentaux des personnes mises en cause.
La manière dont l'Assemblée nationale va désormais conduire ses commissions d'enquête dira beaucoup sur la maturité institutionnelle du Sénégal nouveau que le pouvoir en place appelle de ses voeux.
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