Sonko s'en prend à l'ambassadrice française depuis Mbacké
Le Premier ministre sénégalais a profité de l'ouverture d'une permanence de Pastef dans la capitale du Mouridisme pour lancer une offensive verbale contre la représentante diplomatique de Paris à Dakar.

C'est depuis Mbacké, ville sainte et symboliquement chargée, qu'Ousmane Sonko a choisi de hausser le ton face à la France. À l'occasion de l'inauguration d'une permanence de son parti, le Pastef, le chef du gouvernement a mis en cause Christine Fages, ambassadrice de France au Sénégal, l'accusant d'ingérence dans les affaires intérieures du pays. Au cœur de la polémique : la question des passeports diplomatiques et la relation, jugée trop intrusive, de Paris avec les institutions sénégalaises.
Ce type de sortie n'est pas une nouveauté pour Sonko, dont le positionnement souverainiste constitue l'un des piliers de son engagement politique depuis ses débuts. Longtemps figure de l'opposition radicale, il a bâti une grande partie de sa popularité sur une critique acerbe des liens entre l'Afrique francophone et l'ancienne puissance coloniale. Son accession au poste de Premier ministre, en mars 2024, n'a manifestement pas adouci son discours sur ce sujet.
La relation entre Dakar et Paris traverse depuis quelques années une période de fortes turbulences. La présidence de Bassirou Diomaye Faye, dont Sonko est le Premier ministre, a rapidement posé des jalons d'une diplomatie plus distante vis-à-vis de la France, dans un contexte régional où plusieurs pays africains ont pris des mesures similaires. Le Sénégal observe ainsi ce que d'autres États de la région, comme le Mali, le Burkina Faso ou le Niger, ont entrepris de manière plus radicale : une redéfinition des termes de la coopération postcoloniale.
En mettant nominativement en cause l'ambassadrice Fages, Sonko franchit un cran supplémentaire dans la confrontation symbolique avec Paris. Désigner un diplomate en exercice par son nom dans un discours public constitue un acte fort, qui traduit une volonté assumée de rompre avec les usages feutrés de la diplomatie traditionnelle. Cette approche est cohérente avec la ligne de rupture revendiquée par le duo Faye-Sonko depuis leur arrivée au pouvoir.
La réaction de l'ambassade de France à Dakar, attendue dans ce contexte tendu, sera un indicateur important de la manière dont Paris entend gérer cette nouvelle phase de crispation avec l'un de ses partenaires historiques en Afrique de l'Ouest.
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