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Un photographe italien plonge trois ans dans les séquelles de l'apartheid au Cap

Un artiste en quête de renouveau débarque dans un quartier blanc pauvre de la banlieue du Cap et en ressort transformé, avec un témoignage rare sur les blessures toujours ouvertes de la ségrégation sud-africaine.

Un photographe italien plonge trois ans dans les séquelles de l'apartheid au Cap
Un photographe italien plonge trois ans dans les séquelles de l'apartheid au Cap — Photo : La Rédaction / À l'Heure
Afrique

C'est une histoire qui commence par une rupture personnelle. En 2018, l'Italien Alessandro Iovino quitte son quotidien européen pour l'Afrique du Sud, à la recherche d'un choc vital, d'un recommencement. Le hasard le conduit à Albow Gardens, une banlieue de la ville du Cap construite à l'époque de l'apartheid pour accueillir des Blancs aux revenus modestes. Loin des clichés habituels sur ce régime de ségrégation raciale, ce quartier révèle une facette méconnue de l'histoire sud-africaine : celle de populations blanches défavorisées, elles aussi façonnées et enfermées par un système qui organisait la société selon la couleur de peau.

Pendant trois ans, Iovino s'installe et partage le quotidien d'une famille de huit personnes. Son travail photographique devient alors bien plus qu'un projet artistique. Il s'inscrit dans une longue tradition documentaire qui, depuis les années 1990 et la fin officielle de l'apartheid en 1994, tente de saisir ce que trente ans de démocratie formelle n'ont pas encore effacé : les fractures sociales, les réflexes communautaires, les héritages psychologiques d'un régime aboli mais dont les effets continuent de structurer le tissu urbain et humain du pays.

L'Afrique du Sud reste, à ce jour, l'une des sociétés les plus inégalitaires au monde. Les townships noirs des périphéries urbaines concentrent toujours la pauvreté, mais des poches de précarité blanche, comme Albow Gardens, illustrent la complexité d'un pays où la race et la classe se superposent sans jamais se confondre entièrement. Ce type de témoignage photographique rappelle que les héritages coloniaux et ségrégationnistes ne se lisent pas uniquement en noir et blanc, au sens figuré du terme.

Cette démarche résonne bien au-delà des frontières sud-africaines. Sur le continent, de nombreuses villes portent encore les marques de l'urbanisme colonial : Dakar avec ses divisions entre centre et banlieues populaires, Abidjan avec ses quartiers planifiés sous tutelle française, Nairobi avec ses anciens quartiers européens. La question de savoir comment les sociétés africaines transmettent, digèrent ou dépassent ces héritages spatiaux et identitaires reste entière et traverse les générations.

Le travail d'Iovino, salué par la presse internationale, rappelle aussi le rôle que peut jouer la photographie documentaire comme outil de mémoire et d'analyse sociale. Dans un contexte où le débat sur les réparations coloniales et la justice transitionnelle monte en intensité à travers le continent, des regards venus de l'extérieur, à condition qu'ils soient menés avec rigueur et respect, peuvent contribuer à nourrir une réflexion collective nécessaire.

La diffusion de ce travail à l'échelle internationale pose désormais la question de sa réception en Afrique du Sud même, où le débat sur l'identité, la réconciliation et la mémoire de l'apartheid est loin d'être clos.

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