Vallée du fleuve : des centaines de milliers de tonnes de riz local sans acheteurs
La filière rizicole sénégalaise se retrouve face à un paradoxe cruel : une récolte historique, mais des entrepôts qui débordent et des producteurs au bord du gouffre.

Environ 335 000 tonnes de riz et de paddy dorment dans les stocks de la Vallée du fleuve Sénégal, sans preneur. Malgré des volumes de production jamais atteints, transformateurs et riziculteurs peinent à écouler leur marchandise, et la saturation des entrepôts aggrave chaque jour une situation déjà tendue.
Cette crise de débouchés n'est pas sans rappeler les difficultés structurelles qui ont longtemps freiné la riziculture locale au Sénégal. Depuis les années 1960, l'État a investi massivement dans la mise en valeur de la Vallée du fleuve Sénégal, notamment à travers la SAED, la Société d'aménagement et d'exploitation des terres du delta. L'objectif a toujours été le même : réduire la dépendance du pays aux importations de riz, qui représentent une part considérable de la facture alimentaire nationale. Pourtant, malgré des progrès réels en matière de rendement et d'infrastructure, la question de la commercialisation reste le maillon faible de toute la chaîne.
Le problème est en partie structurel. Le riz local fait face à une concurrence féroce du riz importé, notamment en provenance d'Asie du Sud-Est, souvent moins cher à l'achat pour le consommateur sénégalais. Les habitudes alimentaires, les circuits de distribution insuffisamment organisés et l'absence d'une politique de préférence nationale clairement appliquée laissent le producteur local sans filet. Résultat : même les années de bonne récolte se transforment en épreuve financière pour ceux qui ont investi dans les semences, les intrants et la main-d'oeuvre.
L'enjeu dépasse les frontières du Sénégal. Plusieurs pays d'Afrique subsaharienne se trouvent dans la même situation paradoxale, capables de produire davantage, mais incapables d'organiser des filières de mise en marché efficaces. Le continent africain importe chaque année des millions de tonnes de riz, tout en laissant une partie de sa propre production sans débouché. C'est une contradiction que les organisations régionales comme la CEDEAO et l'Union africaine ont identifiée depuis longtemps, sans qu'une solution coordonnée ait encore été mise en oeuvre à grande échelle.
Pour les producteurs de la Vallée, l'urgence est immédiate. Avec plus de 35 000 tonnes stockées dans des entrepôts saturés, le risque de pertes post-récolte est réel, et les difficultés de trésorerie menacent la prochaine campagne agricole avant même qu'elle ne commence.
Le gouvernement sénégalais, qui a fait de la souveraineté alimentaire l'un des axes majeurs de son programme, est désormais attendu sur des mesures concrètes : soutien à l'écoulement des stocks, réforme des circuits de distribution et application effective d'une politique de valorisation du riz local.
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