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À Dakar, un symposium pour redonner aux rues d'Afrique leurs noms d'ici

La Faculté des Lettres de l'UCAD et l'IFAN ont réuni des chercheurs venus de plusieurs pays autour d'une question qui touche au cœur des identités urbaines africaines : qui donne son nom à l'espace public, et au nom de quoi ?

À Dakar, un symposium pour redonner aux rues d'Afrique leurs noms d'ici
À Dakar, un symposium pour redonner aux rues d'Afrique leurs noms d'ici — Photo : / À l'Heure
Sénégal

Lundi à Dakar, l'Université Cheikh Anta Diop a accueilli un symposium international consacré à la dénomination des rues, places et autres lieux publics en Afrique. L'événement, organisé conjointement par la Faculté des Lettres et l'Institut Fondamental d'Afrique Noire, s'est tenu en partenariat avec plusieurs institutions internationales. Il a réuni des spécialistes des sciences du langage, de l'histoire et de la géographie humaine autour d'un sujet qui dépasse largement la simple signalétique urbaine.

Car derrière les noms de rue se lisent des choix politiques et des héritages souvent non assumés. Dans de nombreuses villes africaines, l'espace public porte encore les traces de la colonisation : des artères baptisées du nom de gouverneurs, d'explorateurs ou de militaires européens coexistent avec des dénominations issues des indépendances, parfois imposées dans la précipitation, parfois revendiquées avec conviction. Cette stratification toponymique raconte une histoire complexe, celle de sociétés qui n'ont pas toujours eu le temps, ni les moyens institutionnels, de se réapproprier pleinement leur territoire symbolique.

Le Sénégal n'échappe pas à cette réalité. Dakar, capitale administrative et culturelle, concentre des exemples frappants de cette tension entre mémoire coloniale et affirmation postcoloniale. Certains quartiers portent des noms hérités de l'administration française, quand d'autres ont été rebaptisés après 1960 pour honorer des figures de la résistance ou de la culture africaine. Le débat sur la rue Félix Faure, ou sur la place de l'Indépendance, illustre à quel point ces choix continuent d'alimenter des discussions vives au sein de la société.

À l'échelle du continent, plusieurs pays ont engagé des processus formels de révision toponymique. L'Afrique du Sud, après l'apartheid, a conduit une politique active de renommage des villes et des rues pour effacer les symboles du régime ségrégationniste. Au Zimbabwe, au Kenya ou en Côte d'Ivoire, des débats similaires ont traversé les sphères politiques et académiques, avec des résultats inégaux selon les contextes nationaux et les rapports de force locaux.

L'intérêt d'un tel symposium tenu à l'UCAD réside précisément dans sa dimension scientifique et comparatiste. Plutôt que de livrer des réponses tranchées, il s'agissait de poser un cadre d'analyse rigoureux, de croiser les expériences et de nourrir une réflexion qui pourrait, à terme, éclairer les décisions des autorités municipales et nationales.

Les travaux issus de cette rencontre pourraient alimenter des propositions concrètes à destination des pouvoirs publics, au moment où plusieurs grandes villes africaines engagent des réformes de leur tissu urbain et de leur mémoire collective.

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