Aliko Dangote, homme d’affaires le plus riche d’Afrique : « Ma raffinerie ne sauve pas seulement l’Afrique, elle sauve aussi l’Europe »
# Dangote : sa méga-raffinerie au service de l'Afrique… et de l'Europe

Le milliardaire nigérian Aliko Dangote défend son complexe de raffinage comme un projet de portée mondiale, évoquant au passage des contacts préliminaires avec le géant français du transport maritime CMA CGM.
Dans un entretien accordé au quotidien *Le Monde*, Aliko Dangote, l'homme d'affaires le plus fortuné du continent africain, a réaffirmé avec force l'ambition géopolitique et économique de sa raffinerie installée à Lagos, au Nigeria. Pour lui, cette infrastructure ne répond pas seulement aux besoins énergétiques du continent africain : elle constitue également, selon ses propres termes, un filet de sécurité pour l'approvisionnement énergétique européen. Une déclaration qui illustre la nouvelle posture de l'industrie africaine, de plus en plus encline à se présenter comme un acteur global plutôt que comme un simple fournisseur de matières premières brutes.
La raffinerie Dangote, située dans la zone franche de Lekki, près de Lagos, est présentée comme la plus grande d'Afrique et l'une des plus importantes au monde. Avec une capacité annoncée de traitement de plusieurs centaines de milliers de barils par jour [À confirmer], elle ambitionne de réduire drastiquement la dépendance de l'Afrique de l'Ouest aux produits pétroliers importés, notamment raffinés en Europe. Pendant des décennies, le paradoxe africain a prévalu : des pays producteurs de pétrole brut comme le Nigeria ou le Sénégal exportaient leur or noir pour le racheter, une fois transformé, à des prix nettement supérieurs. Ce circuit défavorable a coûté à l'Afrique des milliards de dollars en valeur ajoutée perdue.
Pour le Sénégal, ce contexte résonne particulièrement. Dakar se prépare à entrer dans le club des nations productrices de pétrole et de gaz, avec l'exploitation imminente des champs offshore de Sangomar et de Grand Tortue Ahmeyim. La question du raffinage local ou régional est donc au cœur des débats sur la souveraineté économique. Si la raffinerie nigériane tient ses promesses, elle pourrait théoriquement absorber une partie du brut sénégalais pour le transformer sur le continent, plutôt que de le laisser partir vers des installations étrangères. Le modèle Dangote nourrit ainsi une réflexion plus large sur l'industrialisation africaine portée par des capitaux privés africains.
Sur le plan des alliances stratégiques, le milliardaire nigérian a évoqué des discussions préliminaires avec CMA CGM, le puissant armateur français contrôlé par la famille Saadé. Ces échanges, encore à un stade exploratoire selon les informations disponibles, pourraient concerner la logistique maritime liée à la distribution des produits raffinés. CMA CGM, qui a considérablement renforcé sa présence en Afrique ces dernières années, serait un partenaire de poids pour écouler la production de la raffinerie à l'échelle internationale. Ces discussions confirment l'intérêt croissant des grands opérateurs logistiques mondiaux pour les nouvelles infrastructures industrielles africaines [À confirmer dans leur étendue exacte].
L'affirmation de Dangote selon laquelle son outil industriel « sauve aussi l'Europe » mérite d'être replacée dans son contexte. Depuis la guerre en Ukraine et les perturbations sur les marchés énergétiques mondiaux, l'Europe cherche à diversifier ses sources d'approvisionnement en hydrocarbures raffinés. L'Afrique, longtemps perçue comme une périphérie énergétique, s'impose progressivement comme un espace stratégique. Que ce discours relève d'une réalité opérationnelle ou d'une posture de négociation visant à valoriser l'investissement auprès de partenaires internationaux, il traduit en tout cas la montée en puissance des entrepreneurs africains qui entendent désormais dicter leurs propres termes dans les échanges mondiaux.
Alors que la raffinerie nigériane commence à produire et que le Sénégal s'apprête à devenir producteur d'hydrocarbures, les prochains mois diront si l'Afrique de l'Ouest est capable de bâtir enfin la chaîne de valeur pétrolière intégrée qu'elle attend depuis l'indépendance.
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