Aminata Touré à Sonko : la reddition des comptes ne peut pas piétiner la justice
Ancienne Première ministre et figure politique de premier plan, Aminata Touré est montée au créneau pour répondre aux positions du Premier ministre Ousmane Sonko sur la reddition des comptes et le traitement de la dette publique.

Dans une prise de position remarquée, Aminata Touré a tenu à clarifier sa lecture de ce que doit être une reddition des comptes crédible au Sénégal. Pour elle, poursuivre les responsables de mauvaise gestion publique est une nécessité, mais cette démarche doit impérativement s'inscrire dans le respect des principes fondamentaux de l'indépendance judiciaire. En d'autres termes, il ne saurait être question de transformer les tribunaux en instruments au service d'une volonté politique, quelle qu'elle soit.
Ce débat s'inscrit dans un contexte de tensions politiques vives depuis l'arrivée au pouvoir du tandem Faye-Sonko en mars 2024. Le nouveau régime a fait de la lutte contre la corruption et de la reddition des comptes l'une de ses priorités affichées, en ouvrant des audits et des procédures judiciaires visant des personnalités de l'ère Macky Sall. Aminata Touré, qui fut elle-même Première ministre sous ce régime avant de rompre avec lui, connaît de l'intérieur les rouages du pouvoir sénégalais et parle donc avec une autorité particulière sur ces questions.
Sur la question de la dette, Mame Aminata Touré a également apporté des précisions, marquant une ligne distincte par rapport au discours tenu par Sonko. Sans remettre en cause la nécessité de faire la lumière sur les engagements financiers contractés par les gouvernements précédents, elle appelle à une approche rigoureuse et documentée, loin des raccourcis politiques. La question de la dette publique est sensible au Sénégal, où les révélations sur l'écart entre les chiffres officiels et la réalité des finances publiques ont alimenté une vive polémique depuis le début de l'année.
Au-delà du cas sénégalais, ce débat renvoie à une tension que connaissent de nombreux pays africains ayant vécu des alternances récentes : comment concilier la volonté légitime de rendre des comptes avec les garde-fous d'un État de droit ? En Afrique de l'Ouest notamment, plusieurs transitions ont vu des poursuites judiciaires perçues comme politiquement motivées, fragilisant in fine la crédibilité même des nouvelles autorités. C'est précisément ce risque qu'Aminata Touré semble vouloir signaler.
La sortie de l'ancienne cheffe du gouvernement illustre les fractures qui traversent désormais ouvertement l'espace politique sénégalais, y compris au sein de figures qui ont, à des degrés divers, soutenu ou accompagné l'opposition à Macky Sall. La question de savoir si le gouvernement Sonko saura tenir la ligne entre exigence de justice et respect des institutions reste entière, et les prochains développements judiciaires seront scrutés à cette aune.
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