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Arona Benga : de la cocaïne à la rédemption, un sevrage entre les murs de Rebeuss

Ancien détenu et figure publique, Arona Benga brise le silence sur son addiction à la cocaïne et la manière dont son passage à la prison de Rebeuss a constitué, paradoxalement, un tournant salvateur dans sa vie.

Arona Benga : de la cocaïne à la rédemption, un sevrage entre les murs de Rebeuss
Arona Benga : de la cocaïne à la rédemption, un sevrage entre les murs de Rebeuss — Photo : A l'heure / À l'Heure
Société

Sorti de détention, Arona Benga n'a pas choisi le silence. Dans une prise de parole remarquée, il évoque sans détour les années où la cocaïne gouvernait son existence, allant jusqu'à affirmer que cette substance aurait fini par le tuer s'il n'avait pas été contraint à l'arrêt. C'est précisément durant son incarcération à la Maison d'arrêt et de correction de Rebeuss, la plus ancienne et la plus connue des prisons dakaroises, que s'est opéré ce sevrage forcé, devenu avec le recul une forme de délivrance. À ce processus physique s'est ajoutée une reconversion spirituelle : Benga dit avoir retrouvé le chemin de la prière, pilier central de sa reconstruction personnelle.

Son témoignage s'inscrit dans un contexte où la consommation de drogues dures, cocaïne en tête, gagne du terrain au Sénégal comme dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest. Longtemps perçue comme une drogue de transit, la cocaïne est désormais consommée localement, touchant des profils variés, des jeunes des périphéries urbaines aux personnalités issues de milieux plus aisés. Les autorités sanitaires et judiciaires sénégalaises alertent depuis plusieurs années sur cette évolution, sans que les infrastructures de prise en charge des dépendances n'aient suivi au même rythme.

La prison de Rebeuss concentre à elle seule une grande partie des problématiques sociales du pays : surpopulation carcérale, promiscuité, accès limité aux soins. Que ce lieu soit présenté par Benga comme le cadre de son sevrage soulève une question fondamentale sur les fonctions réelles de la détention. En l'absence de structures spécialisées en addictologie accessibles au plus grand nombre, l'incarcération se retrouve parfois à remplir, par défaut et sans encadrement médical adapté, un rôle thérapeutique qui ne lui appartient pas.

Le récit d'Arona Benga dépasse le témoignage personnel. Il met en lumière le vide béant dans la prise en charge des addictions au Sénégal, où les centres de désintoxication restent rares, coûteux et peu connus du grand public. À l'échelle du continent, des pays comme le Maroc ou l'Afrique du Sud ont développé des dispositifs publics de traitement des dépendances ; le Sénégal, lui, s'appuie encore largement sur la famille, le cadre religieux et, parfois, la détention elle-même pour gérer ces situations.

La trajectoire de cet homme, de la dépendance à la reconstruction, rappelle que derrière chaque addiction se trouve une histoire singulière qui appelle une réponse structurée de la société. La question qui reste ouverte est celle-ci : combien d'autres, sans la visibilité d'une figure publique, traversent ce chemin dans l'invisibilité la plus totale, sans filet et sans voix ?

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