Au Mali, une campagne numérique pro-excision soulève l'indignation
Une initiative portée par des hommes, faisant l'apologie des mutilations génitales féminines, a déclenché une vague de protestations sur les réseaux sociaux maliens et bien au-delà des frontières.

Un groupe d'hommes au Mali a lancé une campagne numérique intitulée «Oui à l'excision», accompagnée d'une série d'affiches vantant les soi-disant vertus des mutilations génitales féminines (MGF). L'initiative, diffusée sur les plateformes en ligne, a immédiatement provoqué une réaction de rejet massive, tant au Mali que dans le reste de la sous-région.
Les MGF constituent une pratique condamnée par la communauté internationale depuis des décennies. L'Organisation mondiale de la Santé les classe parmi les violations graves des droits fondamentaux de la femme et de la petite fille. Elles exposent leurs victimes à des complications médicales sévères : hémorragies, infections, douleurs chroniques et complications lors de l'accouchement. Au Sahel et en Afrique de l'Ouest, plusieurs États ont adopté des législations réprimant cette pratique, même si son éradication reste un chantier inachevé sur le terrain.
Au Sénégal, la loi du 22 janvier 1999 réprime l'excision sous toutes ses formes. Le pays a enregistré des progrès notables dans certaines régions grâce à un travail de sensibilisation mené conjointement par des organisations communautaires, des associations féministes et des partenaires internationaux. Pourtant, la pratique persiste dans plusieurs zones rurales, notamment en Casamance et dans le Fouta. La résurgence de discours légitimant les MGF, même depuis un pays voisin, représente un défi réel pour ces efforts de terrain.
Ce que révèle cette campagne malienne dépasse le seul cas du Mali. Elle illustre une tendance inquiétante : la récupération des outils numériques par des courants conservateurs pour diffuser des messages rétrogrades à grande échelle. Les réseaux sociaux, qui ont longtemps servi de tribune aux militantes des droits des femmes, se retrouvent aussi utilisés pour contrecarrer ces avancées. L'Afrique de l'Ouest, région où le taux de prévalence des MGF demeure parmi les plus élevés au monde, reste particulièrement exposée à ce type de contre-offensive idéologique.
La mobilisation citoyenne observée en réponse à cette campagne traduit néanmoins une conscience collective en progression. Des voix se sont élevées, des collectifs ont réagi, et le débat s'est ouvert publiquement, ce qui en soi constitue un signe de maturité démocratique dans la région.
La question de savoir si les autorités maliennes entendront ces protestations et prendront des mesures concrètes face à cette campagne reste entière.
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