Au sein de Pastef, Aldiouma Sow tire la sonnette d'alarme
Un cadre du parti au pouvoir prend publiquement position en faveur du chef de l'État tout en lançant un avertissement sévère sur les dérives internes du mouvement.

Aldiouma Sow, figure de Pastef, a tenu à clarifier sa position après les turbulences qui agitent le parti depuis plusieurs semaines. Il apporte son soutien sans équivoque à Bassirou Diomaye Faye, le président de la République, et dément formellement l'existence d'un quelconque accord secret qui aurait été conclu au Cap Manuel, la résidence officielle du chef de l'État. Cette mise au point intervient dans un contexte de tensions visibles entre différentes sensibilités au sein du parti des Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l'Éthique et la Fraternité.
Ce qui retient davantage l'attention, c'est l'avertissement qu'il adresse à ses camarades de parti. Aldiouma Sow dénonce ce qu'il qualifie de «dérive messianique», une expression qui désigne la tendance de certains membres ou responsables à se considérer comme des sauveurs providentiels, au-dessus de tout questionnement. Ce type de dérive est un phénomène bien connu dans l'histoire des mouvements politiques africains : des partis nés de la contestation et portés par un idéal de rupture ont souvent sombré dans l'autoritarisme interne une fois parvenus au pouvoir.
Pastef a construit son identité politique sur la critique de l'ancien régime, dénonçant pendant des années la personnalisation du pouvoir, le manque de transparence et la confiscation des institutions. C'est précisément sur ces valeurs que le parti a fédéré une jeunesse sénégalaise en quête d'alternative. L'alerte lancée par Aldiouma Sow résonne donc avec une force particulière : elle vient de l'intérieur même du mouvement, et non de l'opposition.
Le Sénégal n'est pas le seul pays africain à traverser cette épreuve. Du Rwanda au Burkina Faso, en passant par la Tanzanie de Julius Nyerere ou le Zimbabwe de Robert Mugabe, l'histoire du continent offre de nombreux exemples de mouvements révolutionnaires qui ont progressivement glissé vers la concentration du pouvoir autour d'un homme ou d'un cercle restreint. La vigilance exprimée par Sow s'inscrit dans cette conscience historique partagée.
La prise de parole d'Aldiouma Sow illustre une réalité souvent ignorée : les partis au pouvoir portent en eux les mêmes contradictions que ceux qu'ils ont combattus. Gérer ces tensions sans briser la cohésion interne ni trahir les promesses faites aux électeurs constitue l'un des défis majeurs auxquels Pastef est aujourd'hui confronté.
La façon dont le parti répondra à cet appel à l'autocritique dira beaucoup sur sa capacité à incarner durablement la rupture qu'il a promise au peuple sénégalais.
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