Budget T1 2026 : recettes solides, mais le boulet énergétique alourdit les comptes
Le déficit atteint 333 milliards FCFA, soit 1,4 % du PIB. L’État a déjà déboursé 165,5 milliards de subventions pour l’énergie en trois mois.

Budget T1 2026 : recettes solides, mais le boulet énergétique alourdit les comptes
Le déficit atteint 333 milliards FCFA, soit 1,4 % du PIB. L’État a déjà déboursé 165,5
Alors que le Sénégal subit les contrecoups du choc pétrolier lié au conflit au Moyen-Orient, le premier rapport trimestriel d’exécution du budget 2026 fait état d’une maîtrise relative des comptes publics. Les recettes fiscales progressent de 14 %, mais les dépenses courantes s’envolent, portées par l’énergie, les salaires et la dette. L’État met en garde contre un possible dérapage si les cours du brut restent élevés.
Un environnement international très dégradé
Selon le rapport du ministère des Finances publié en juin, le premier trimestre 2026 s’est déroulé dans un contexte mondial sous tension. L’escalade du conflit au Moyen-Orient a perturbé le transit dans le détroit d’Ormuz, faisant flamber les prix du pétrole, du gaz et des engrais. En conséquence, le FMI a révisé sa prévision de croissance mondiale à 3,1 % contre 3,3 % en janvier et relevé l’inflation mondiale à 4,4 %. Au Sénégal, l’inflation a progressé à 1,4 % en mars 2026 contre 0,4 % en janvier, sous l’effet de l’alimentation, du logement et des transports.
Des recettes fiscales en hausse, mais des rentrées non fiscales en berne
À fin mars 2026, les recettes totales du budget général atteignent 1 149,7 milliards FCFA, soit 19,4 % de l’objectif annuel de 5 932,2 milliards. En glissement annuel, la hausse est de 11,9 %, soit 121,8 milliards supplémentaires.
Les recettes fiscales s’établissent à 1 095,7 milliards, représentant 20,3 % du budget annuel et 96,2 % de la cible trimestrielle. Elles progressent de 14,1 % par rapport au premier trimestre 2025.
Cette performance est tirée par l’impôt sur les sociétés, qui atteint 154,5 milliards grâce aux paiements anticipés des opérateurs pétroliers (14 milliards), par la TVA intérieure hors pétrole (149,6 milliards, +28,3 %) et par la taxe sur la consommation hors pétrole (36,5 milliards, +78 %). Le Fonds de sécurisation des importations pétrolières enregistre 25,4 milliards, soit près du double de l’objectif trimestriel.
En revanche, l’impôt sur le revenu n’atteint que 177 milliards, soit 82,7 % de la cible, en raison du faible recouvrement de la retenue à la source sur les salaires pétroliers (5,8 milliards pour un objectif de 67,8 milliards). Les droits de porte s’élèvent à 99,9 milliards, sous-réalisés de 7,1 milliards, pénalisés par une baisse des importations de 14,3 %.
Les recettes non fiscales chutent de 23,6 % pour s’établir à 41 milliards. Les dividendes des entreprises publiques s’effondrent : 0,3 milliard contre 9,3 milliards un an plus tôt. Les redevances radioélectriques reculent de 30,7 %. Les dons sont quasi inexistants : 13 milliards, soit 6,8 % de l’objectif annuel, sans aucun décaissement de dons budgétaires.
Des dépenses ordinaires alourdies par l’énergie, les salaires et la dette
Les dépenses totales du budget général atteignent 1 482,7 milliards, soit 20,6 % des prévisions annuelles. Les dépenses ordinaires représentent 1 185,5 milliards, en hausse de 5,2 % sur un an.
Les transferts courants atteignent 445,7 milliards, dont 165,5 milliards de subventions au secteur de l’énergie pour stabiliser les prix à la pompe. Air Sénégal reçoit 13,5 milliards, le Train express régional 10 milliards, les bourses scolaires 40,4 milliards et les universités 27,5 milliards.
La masse salariale s’élève à 375,1 milliards, en hausse de 5,1 %. L’effectif des agents de l’État progresse de 8 939 personnes pour atteindre 195 144 agents. L’Éducation nationale concentre à elle seule 58,2 % des salaires versés.
Les charges de la dette publique atteignent 285 milliards, dont 209,3 milliards pour la dette extérieure et 75,7 milliards pour la dette intérieure. Les acquisitions de biens et services s’établissent à 79,7 milliards, en légère hausse.
Investissements publics : démarrage très lent
Les dépenses en capital ne représentent que 10,6 % des crédits ouverts, soit 297,2 milliards, un rythme classique en début d’année. Sur ressources internes, 160,8 milliards ont été engagés. Mais les investissements directement exécutés par l’État plafonnent à 3,3 milliards, soit 0,3 % du budget, en raison des lenteurs des procédures de passation des marchés.
En revanche, les transferts en capital aux agences et sociétés d’État atteignent 157,5 milliards, dont 88 milliards pour la campagne agricole, 14,5 milliards pour les routes et 13,5 milliards pour l’acquisition de deux avions pour Air Sénégal. Sur ressources extérieures, 136,4 milliards ont été décaissés, principalement vers les transports routiers (85,9 milliards), l’hydraulique et l’assainissement.
Un déficit sous contrôle mais sous tension
Le déficit budgétaire global ressort à 333 milliards à fin mars, soit 1,44 % du PIB. L’objectif annuel inscrit dans la loi de finances initiale 2026 est de 1 245 milliards, soit 5,37 % du PIB. Le rythme trimestriel est donc inférieur à la trajectoire annuelle, ce que le ministère interprète comme une maîtrise des comptes.
Le Fonds national de retraite en excédent
Le Fonds national de retraite dégage un excédent de 12,9 milliards contre 11,7 milliards un an plus tôt. Les recettes atteignent 47,8 milliards, portées par une hausse de 8,1 % du nombre de cotisants, désormais 159 583. Les dépenses s’élèvent à 34,9 milliards, avec 76 832 pensionnés, en hausse de 2 %.
Les organismes publics à la traîne
Les 186 organismes publics suivis disposent d’un budget cumulé de 2 384,8 milliards. À fin mars, seulement 13,4 % des crédits ont été exécutés, soit 319,8 milliards. Le fonctionnement représente 238,9 milliards, l’investissement 80,8 milliards. Leurs recettes propres atteignent 493,9 milliards, soit 20,7 % des prévisions.
La facture énergétique, principale menace
Le rapport alerte explicitement sur le risque budgétaire majeur : la prolongation du conflit au Moyen-Orient et la persistance des cours élevés du pétrole pourraient faire gonfler les subventions à l’énergie bien au-delà des 165,5 milliards déjà versés. Cela pourrait faire déraper le déficit par rapport à la cible annuelle de 5,37 %. Le gouvernement indique qu’il surveillera les prix à la pompe et n’exclut pas des mesures d’ajustement.
Conclusion : une trajectoire fragile
À fin mars 2026, l’exécution budgétaire est jugée globalement maîtrisée, avec un bon dynamisme des recettes internes. Mais la suite de l’année sera décisive. L’accélération des investissements, la montée en puissance des nouvelles mesures fiscales du Plan de redressement et surtout la gestion du choc énergétique détermineront si le déficit annuel reste dans les limites prévues.
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