Burn-out au Sénégal : plus d'un travailleur sur deux à bout de souffle
Une enquête nationale menée en 2023 révèle que 57,5 % des travailleurs sénégalais souffrent d'épuisement professionnel, un chiffre alarmant qui pousse les autorités à mettre en place un plan stratégique de lutte contre le burn-out.

La santé mentale en milieu de travail n'est plus un sujet de niche au Sénégal. Les résultats de l'enquête nationale sur la santé mentale, réalisée en 2023, ont mis en lumière une réalité préoccupante : plus de la moitié des actifs du pays présentent des signes d'épuisement professionnel. Ce phénomène, longtemps minimisé ou confondu avec une simple fatigue passagère, est désormais reconnu par l'Organisation mondiale de la santé comme un syndrome lié au travail, caractérisé par un sentiment d'épuisement intense, un détachement croissant vis-à-vis de son activité professionnelle et une efficacité réduite.
Au Sénégal, la question de la santé mentale a longtemps été reléguée au second plan des politiques publiques, au profit des maladies infectieuses et des urgences sanitaires. Le pays ne dispose que d'une poignée de psychiatres pour une population de plus de dix-sept millions d'habitants, et les structures d'accueil spécialisées restent concentrées à Dakar. Cette fragilité structurelle du système de soins psychiatriques rend d'autant plus difficile la prise en charge des troubles liés au travail, qui touchent aussi bien les agents de la fonction publique que les salariés du secteur privé ou les travailleurs informels.
Le contexte économique aggrave la situation. Entre la pression de la productivité, des conditions de travail souvent précaires, l'insécurité de l'emploi et l'absence de mécanismes de protection psychologique dans la plupart des entreprises, les travailleurs sénégalais évoluent dans un environnement particulièrement propice à l'épuisement. La culture du silence autour des difficultés émotionnelles et psychologiques, encore très présente dans la société, retarde par ailleurs le recours aux soins et amplifie les conséquences du mal-être professionnel.
Le phénomène dépasse largement les frontières du Sénégal. À l'échelle africaine, plusieurs pays font face à des défis similaires, avec des systèmes de santé mentale sous-financés et une stigmatisation persistante des troubles psychiques. L'Afrique subsaharienne consacre en moyenne moins de 1 % de ses budgets de santé à la santé mentale, selon des données régionales. Dans ce contexte, le taux de 57,5 % enregistré au Sénégal prend une dimension d'autant plus grave qu'il s'inscrit dans un vide institutionnel difficile à combler rapidement.
Face à ce constat, les autorités sénégalaises entendent sortir de l'inaction en adoptant un plan stratégique dédié à la lutte contre le burn-out en milieu professionnel. Cette initiative marque une reconnaissance officielle d'un problème jusqu'ici ignoré des agendas sanitaires nationaux, et pourrait constituer un signal fort pour d'autres pays du continent confrontés aux mêmes réalités.
La mise en oeuvre concrète de ce plan, ses moyens financiers, ses cibles prioritaires et ses délais d'application seront déterminants pour évaluer si cette ambition se traduira en véritables améliorations pour les travailleurs sénégalais.
Commentaires
Soyez le premier à commenter cet article.


