CEDEAO : vingt-cinq ans sans audit, un silence qui coûte cher à l'Afrique de l'Ouest
La balle est désormais dans le camp des dirigeants de la CEDEAO : une organisation qui ne peut pas rendre compte de l'usage de ses ressources aura de plus en plus de mal à convaincre ses propres citoyens de son utilité.

Le député sénégalais Guy Marius Sagna a mis en cause la gestion opaque des institutions de la CEDEAO, pointant l'absence de rapports d'audit annuels depuis un quart de siècle. Une défaillance qu'il relie directement aux difficultés énergétiques que traverse la région.
C'est à Dakar, lors d'une session du Parlement de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, que le parlementaire sénégalais a lâché cette charge. La question énergétique était au cœur des débats, mais Guy Marius Sagna a choisi d'élargir le prisme : comment espérer des politiques efficaces quand les institutions censées les piloter échappent depuis vingt-cinq ans à tout contrôle comptable sérieux ?
Le constat est lourd. Depuis 1975, année de sa fondation, la CEDEAO s'est dotée d'une architecture institutionnelle dense : commission, parlement, cour de justice, fonds de développement. Ces structures absorbent des ressources considérables, alimentées par les contributions des quinze États membres. Pourtant, selon Sagna, aucun rapport d'audit annuel n'aurait été produit et rendu public depuis un quart de siècle. Dans n'importe quel État membre, une telle situation déclencherait une crise politique majeure.
Le lien établi avec la crise énergétique n'est pas anodin. L'Afrique de l'Ouest souffre d'un déficit chronique en électricité, qui pèse sur les ménages, paralyse les entreprises et freine la croissance. Des projets d'interconnexion des réseaux électriques régionaux existent sur le papier depuis des années ; leur mise en oeuvre reste largement insuffisante. Si les fonds alloués à ces chantiers ne font l'objet d'aucun suivi rigoureux, la question de leur utilisation réelle se pose avec acuité.
Pour le Sénégal, l'enjeu est particulièrement sensible. Le pays a engagé des réformes internes de transparence budgétaire et se trouve désormais à la veille d'une transition vers une économie pétrolière et gazière. Être membre d'une organisation régionale dont la gestion financière reste dans l'ombre affaiblit la crédibilité collective de tous les États, y compris ceux qui font des efforts de gouvernance sur leur propre sol. La contradiction est difficile à tenir.
La sortie récente du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO pour former l'Alliance des États du Sahel a fragilisé l'organisation et relancé le débat sur sa légitimité. Dans ce contexte, les critiques internes portées par des élus comme Sagna prennent une résonance particulière : elles montrent que la demande de réforme ne vient pas seulement de l'extérieur, mais du coeur même des instances parlementaires de la communauté.
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