Des milliers de travailleuses domestiques sénégalaises encore sans protection légale
La balle est désormais dans le camp du gouvernement sénégalais, attendu sur une feuille de route claire pour engager le processus de ratification.

Chaque jour, elles entretiennent des foyers, élèvent des enfants et accompagnent des personnes âgées, mais la grande majorité des travailleuses domestiques du Sénégal exercent sans contrat ni couverture sociale. À l'occasion de la Journée internationale des travailleuses domestiques, célébrée le 16 juin, l'association ADDAD Sénégal a réclamé une accélération de la ratification de la Convention 189 de l'Organisation internationale du travail.
Adoptée en 2011 par l'OIT, la Convention 189 est le premier instrument juridique international à reconnaître explicitement les droits des travailleurs domestiques. Elle impose notamment un contrat écrit, un accès à la protection sociale, des limites au temps de travail et une protection contre les abus. À ce jour, une quarantaine de pays l'ont ratifiée dans le monde, mais le Sénégal ne figure pas encore parmi eux, malgré un secteur domestique qui représente une part significative de l'emploi informel dans le pays.
L'ADDAD Sénégal, qui milite pour la dignité et la reconnaissance professionnelle des aides ménagères et employées de maison, dénonce une situation d'invisibilité juridique qui expose ces femmes, majoritairement jeunes et issues de milieux ruraux, à des conditions de travail précaires. Salaires impayés, horaires non encadrés, logements imposés sans contrepartie claire : les abus restent difficiles à documenter et encore plus à sanctionner en l'absence de cadre légal contraignant.
Le contexte sénégalais est révélateur d'une réalité largement partagée sur le continent africain. Le travail domestique y est culturellement banalisé, souvent perçu comme une aide informelle entre familles plutôt que comme une relation de travail à part entière. Cette perception freine la formalisation du secteur et décourage les travailleuses elles-mêmes de revendiquer leurs droits, par crainte de perdre leur emploi ou de rompre des liens communautaires.
Sur le plan législatif, le Sénégal dispose d'un Code du travail qui reconnaît en théorie certaines catégories de travailleurs domestiques, mais son application dans ce secteur demeure très limitée. La ratification de la Convention 189 constituerait un signal politique fort, contraignant l'État à harmoniser son droit interne avec des standards internationaux et à mettre en place des mécanismes concrets de contrôle et de protection.
La mobilisation de l'ADDAD Sénégal, portée ce 16 juin à l'occasion d'une journée symbolique, rappelle que la question dépasse le seul cadre associatif ; elle interpelle directement les pouvoirs publics, le patronat et la société civile sur la nécessité de reconnaître enfin le travail domestique comme un travail à part entière, avec les droits qui l'accompagnent.
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