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Des millions de travailleurs africains exercent un métier sans jamais avoir de papier pour le prouver

La mise en place effective d'un système de VAE à grande échelle en Afrique de l'Ouest pourrait constituer l'un des chantiers structurants de la prochaine décennie pour l'emploi et l'inclusion économique.

Des millions de travailleurs africains exercent un métier sans jamais avoir de papier pour le prouver
Des millions de travailleurs africains exercent un métier sans jamais avoir de papier pour le prouver — Photo : A l'heure / À l'Heure
Société

Maçons, couturiers, mécaniciens, agriculteurs : en Afrique, une large part de la main-d'œuvre active possède un vrai savoir-faire professionnel, acquis sur le tas, mais invisible aux yeux des systèmes officiels faute de diplôme. L'Organisation internationale du travail (OIT) pousse depuis plusieurs années un mécanisme concret pour remédier à cette situation.

Ce mécanisme s'appelle la validation des acquis de l'expérience, plus connu sous le sigle VAE. Son principe est simple : identifier ce qu'un travailleur sait faire, évaluer ses compétences selon des critères reconnus, puis lui délivrer une certification officielle qui atteste de son niveau. En clair, il s'agit de donner une existence administrative à ce que des milliers de femmes et d'hommes pratiquent déjà au quotidien, parfois depuis des décennies.

Le problème que cherche à résoudre la VAE est ancien et profondément ancré dans les économies africaines. Sur le continent, la part de l'emploi informel dépasse largement la moitié de l'emploi total dans la plupart des pays. Au Sénégal, les secteurs du bâtiment, de l'artisanat, du commerce et de l'agriculture fonctionnent en grande partie grâce à des actifs formés par apprentissage traditionnel, transmission familiale ou simple pratique accumulée. Ces travailleurs n'ont jamais eu accès à un établissement de formation professionnelle, mais ils maîtrisent leur métier. Pourtant, sans certification, ils restent exclus des marchés formels, des appels d'offres publics, des dispositifs de protection sociale et des possibilités d'évolution professionnelle.

L'enjeu dépasse la simple reconnaissance symbolique. Un travailleur certifié peut accéder à de meilleures conditions de travail, négocier un salaire plus élevé, postuler à des marchés institutionnels ou encore bénéficier d'un accès au crédit que les banques refusent généralement aux acteurs non formalisés. Pour les États, généraliser la VAE représente aussi un levier de structuration de l'économie, en faisant entrer progressivement dans les circuits officiels une masse de compétences aujourd'hui non comptabilisées.

Plusieurs pays du continent ont commencé à explorer cette voie, avec des degrés d'avancement variables. En France, pays où la VAE existe dans sa forme législative depuis 2002, le dispositif a permis à des centaines de milliers de personnes d'obtenir un titre professionnel reconnu sans passer par la formation initiale classique. L'adaptation de ce modèle au contexte africain soulève néanmoins des questions précises : quelles structures d'évaluation, quels référentiels de compétences, quels financements, et surtout quelle volonté politique pour porter ces réformes dans la durée ?

La question de la reconnaissance des compétences informelles est désormais inscrite dans les agendas de plusieurs organisations régionales africaines, et le Sénégal, qui a engagé depuis plusieurs années une réforme de son système de formation professionnelle et technique, dispose d'une base sur laquelle ce type de dispositif pourrait prendre appui. Reste à savoir si les arbitrages budgétaires et institutionnels suivront.

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