Éducation : le Sénégal se dote d'une feuille de route pour l'enseignement bilingue
La mise en oeuvre concrète de cette stratégie sur le terrain dira si le Sénégal est en mesure de tenir ses engagements et de faire de l'enseignement bilingue une réalité pour ses élèves, et non une promesse de plus.

Le Sénégal franchit une étape décisive dans la structuration de son enseignement bilingue. Une stratégie nationale de plaidoyer vient d'être validée pour accompagner le déploiement du Modèle harmonisé d'enseignement bilingue au Sénégal, connu sous le sigle Mohebs.
Le ministère de l'Éducation nationale et ses partenaires ont arrêté ensemble les grandes orientations de cette stratégie, articulée autour de trois axes fondamentaux : renforcer l'ancrage institutionnel du Mohebs, garantir un financement national pérenne et bâtir une adhésion sociale solide autour du projet. L'objectif est de donner à ce modèle pédagogique les bases nécessaires pour s'inscrire dans la durée, au-delà des cycles de financement extérieur.
La question de l'enseignement bilingue n'est pas nouvelle au Sénégal. Depuis plusieurs décennies, le débat sur l'intégration des langues nationales dans le système éducatif alimente les discussions pédagogiques et politiques. Le français, héritage de la colonisation, demeure la langue exclusive d'enseignement dans la grande majorité des établissements, malgré la richesse linguistique du pays où le wolof, le pulaar, le sérère, le diola ou encore le mandingue sont parlés par des millions de personnes. Le Mohebs représente une tentative de réconcilier cette réalité sociolinguistique avec les exigences d'un système scolaire performant.
L'enjeu dépasse largement les frontières sénégalaises. Plusieurs pays d'Afrique subsaharienne expérimentent des approches similaires, conscients que scolariser un enfant dans une langue qu'il ne parle pas à la maison constitue un frein majeur aux apprentissages fondamentaux. Des études menées sur le continent ont régulièrement montré que l'enseignement dans la langue maternelle, au moins dans les premières années du primaire, améliore sensiblement les résultats scolaires. La validation de cette stratégie de plaidoyer positionne le Sénégal comme un acteur volontariste sur ce terrain en Afrique de l'Ouest.
Le financement reste le point névralgique de l'ensemble du dispositif. La dépendance aux bailleurs de fonds extérieurs a souvent fragilisé des initiatives similaires sur le continent, condamnées à s'éteindre dès le retrait des partenaires techniques et financiers. En actant explicitement la nécessité de sécuriser des ressources nationales, le Sénégal affiche la volonté de rompre avec cette logique et de porter lui-même son modèle éducatif. L'adhésion des communautés, des parents d'élèves et des enseignants sera tout aussi déterminante pour que le Mohebs ne reste pas un document de plus dans les tiroirs de l'administration.
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