Le numérique au cœur de la refondation de l'école sénégalaise
Le ministre de l'Éducation nationale a sonné la mobilisation pour accélérer la transition numérique du système scolaire, un chantier présenté comme indispensable à une meilleure gouvernance du secteur.

Moustapha Mamba Guirassy a ouvert jeudi un atelier national stratégique consacré à l'appropriation du numérique dans l'éducation. Face aux acteurs du secteur, il a insisté sur la nécessité de doter les autorités de données fiables et accessibles en temps réel, condition sine qua non pour piloter efficacement les politiques éducatives. Une déclaration qui traduit un constat largement partagé : sans tableaux de bord numériques solides, les décisions restent tributaires d'informations parcellaires et souvent obsolètes.
Le Sénégal n'en est pas à ses premières tentatives de modernisation dans ce domaine. Depuis les années 2000, plusieurs plans sectoriels ont inscrit le numérique parmi leurs priorités, avec des résultats en demi-teinte. Les infrastructures insuffisantes, le déficit de formation des enseignants et la fracture territoriale entre zones urbaines et rurales ont régulièrement freiné les ambitions affichées. L'atelier de jeudi s'inscrit donc dans une longue séquence de réformes, avec la volonté affichée d'en tirer les leçons.
L'enjeu dépasse la simple gestion administrative. Disposer de données scolaires fiables permet d'identifier les zones de décrochage, d'anticiper les besoins en recrutement d'enseignants, de rationaliser les dépenses et de mieux cibler les investissements. À l'échelle africaine, plusieurs pays ont engagé des réformes similaires ; le Ghana, le Rwanda ou encore le Kenya ont investi massivement dans la numérisation de leurs systèmes éducatifs, avec des gains mesurables en matière de planification et de suivi des apprenants.
Pour le Sénégal, la question est aussi celle de la souveraineté sur ses propres données éducatives. Trop souvent, les statistiques scolaires sont produites à l'occasion de rapports destinés aux bailleurs de fonds internationaux, selon des calendriers qui ne correspondent pas toujours aux besoins des planificateurs nationaux. Construire un système d'information éducative robuste, maîtrisé et actualisé en continu constituerait une avancée structurelle majeure.
La réussite de cette transformation dépendra largement de la capacité de l'État à mobiliser les ressources nécessaires, à former les personnels et à garantir une couverture numérique équitable sur l'ensemble du territoire. Les annonces ministérielles ont souvent buté sur ces mêmes obstacles ; les suites données à cet atelier permettront de mesurer si la dynamique est, cette fois, véritablement enclenchée.
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