Des retraités des chemins de fer bloquent les rails pour exiger leurs pensions
Des ex-cheminots ont paralysé jeudi matin une partie du réseau ferroviaire sénégalais pour forcer les autorités à entendre leur détresse financière.

Les axes ferroviaires reliant Dakar à Thiès et à Diogo ont été perturbés ce jeudi suite à une action directe menée par d'anciens travailleurs des chemins de fer. Après avoir organisé une marche pacifique, ces retraités, anciens temporaires de la Société nationale des Chemins de fer du Sénégal, ont occupé les voies ferrées pour protester contre le non-versement de leurs pensions de retraite.
Ce mouvement de colère s'inscrit dans une longue histoire de précarité qui frappe les anciens agents temporaires du rail sénégalais. Contrairement aux agents titulaires mieux protégés par des statuts clairs, les temporaires ont souvent exercé pendant des décennies dans des conditions contractuelles fragiles, sans garanties solides sur leurs droits à la retraite. Aujourd'hui âgés et sans revenus réguliers, beaucoup d'entre eux estiment avoir été abandonnés par l'État après des années de service au profit du transport public national.
Le choix d'occuper les rails plutôt que de se contenter d'une marche classique témoigne d'un ras-le-bol profond. En perturbant directement le trafic ferroviaire, ces hommes ont voulu rendre leur combat visible et coûteux pour les pouvoirs publics. C'est une forme de pression connue dans le monde du travail africain : quand les voies administratives restent sans réponse, le blocage physique devient le dernier recours pour des travailleurs qui n'ont plus rien à perdre.
Au Sénégal, la question des pensions impayées ou insuffisantes touche bien au-delà du secteur ferroviaire. Des milliers d'agents de l'État, de travailleurs du secteur para-public et d'anciens employés d'entreprises privatisées ou dissoutes se retrouvent dans des situations similaires, coincés entre des droits théoriques et une réalité financière inexistante. Le sort de ces cheminots retraités agit comme un révélateur des failles persistantes du système de protection sociale sénégalais.
La scène se répète à travers le continent. En Côte d'Ivoire, au Mali ou au Togo, d'anciens agents des chemins de fer, secteur en déclin depuis les années 1980 avec le désengagement progressif des États des entreprises publiques, ont multiplié les actions similaires. La désindustrialisation ferroviaire africaine a laissé sur le bord du chemin une génération entière de travailleurs sans filet de sécurité suffisant.
La balle est désormais dans le camp du gouvernement sénégalais, dont la réponse, ou l'absence de réponse, déterminera si ces voix de retraités continueront à résonner sur les rails ou trouveront enfin une issue dans les bureaux de l'administration.
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