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Dette cachée au Sénégal : l'heure de passer à autre chose, selon Abdourahmane Sarr

L'ancien ministre et économiste Abdourahmane Sarr juge que la polémique autour de la «dette cachée» a fait son temps. Pour lui, le pays doit désormais concentrer son énergie sur les défis économiques concrets qui se posent à lui.

Dette cachée au Sénégal : l'heure de passer à autre chose, selon Abdourahmane Sarr
Dette cachée au Sénégal : l'heure de passer à autre chose, selon Abdourahmane Sarr — Photo : A l'heure / À l'Heure
Économie

Depuis plusieurs mois, la question de la «dette cachée» agite la scène politique et économique sénégalaise. Ce dossier, mis en lumière après l'alternance politique de mars 2024, a alimenté de vifs échanges entre l'ancien régime et les nouvelles autorités, ces dernières ayant commandé un audit des finances publiques qui a révélé des engagements non déclarés dans les comptes de l'État. Le débat a rapidement pris une dimension partisane, brouillant souvent la lecture des faits.

C'est dans ce contexte qu'Abdourahmane Sarr, ancien ministre du Budget et figure reconnue du monde économique sénégalais, a pris position. Selon lui, l'existence même de cette dette n'est plus à démontrer ni à contester ; le fait est établi. Ce qui reste à faire, c'est de regarder vers l'avenir et d'engager des réponses concrètes plutôt que de s'épuiser dans une guerre de chiffres et de responsabilités.

Cette posture tranche avec le climat ambiant. La controverse autour de la dette cachée a en effet nourri des tensions persistantes entre la coalition Pastef au pouvoir et les acteurs de l'ère Macky Sall. Certains chiffres avancés lors de l'audit ont été contestés, des procédures judiciaires ont été ouvertes, et la question de la transparence budgétaire est devenue un enjeu central de la vie publique. Dans plusieurs pays africains ayant connu une alternance récente, comme la Zambie ou le Ghana, des situations comparables ont vu de nouveaux gouvernements hériter d'une dette sous-évaluée, avec des effets durables sur leur crédibilité auprès des bailleurs de fonds.

Pour le Sénégal, les enjeux sont loin d'être anodins. Le pays doit honorer ses engagements vis-à-vis du Fonds monétaire international et de ses partenaires bilatéraux, tout en finançant ses ambitions de développement dans le cadre du plan «Vision 2050». La gestion de la dette publique, transparente et maîtrisée, conditionne directement l'accès aux marchés financiers internationaux et le coût des emprunts futurs. S'attarder indéfiniment sur le passé risque de retarder les arbitrages urgents que réclame l'économie nationale.

La sortie d'Abdourahmane Sarr illustre une tension classique dans les transitions politiques : comment rendre des comptes sur le passé sans bloquer l'action présente ? La réponse à cette question dira beaucoup sur la maturité des institutions sénégalaises et sur leur capacité à placer l'intérêt général au-dessus des calculs politiciens.

Les prochaines semaines, notamment à l'occasion des discussions budgétaires, permettront de mesurer si le gouvernement est prêt à tourner la page de la polémique pour s'atteler aux réformes structurelles que réclament les Sénégalais.

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